Une intelligence pas seulement artificielle

En pointe dans l’IA, la startup parisienne daco vient d’être rachetée par le champion de l’e-commerce Veepee (ex-Vente-privee.com). Son cofondateur, Paul Mouginot, revient sur cette réussite éclair.

Le 17 octobre dernier, Jacques-Antoine Granjon, président du leader français de la mode en ligne Veepee (3,7 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2018), a annoncé l’acquisition de daco, une startup issue de la fameuse pépinière d’entreprises ouverte il y a moins de deux ans à Paris. Sa spécialité : l’analyse concurrentielle du marché de la mode. Grâce à un puissant algorithme, daco est capable de compulser en temps réel les millions de références vêtements et chaussures disponibles sur Internet. Et de proposer à tout moment une synthèse sur les prix, les tendances et les marques. Depuis son rachat, l’équipe daco a intégré le siège de Veepee à Saint-Denis (93). Un apport technique et humain décisif, qui permet au groupe de définir une politique commerciale beaucoup plus fine et réactive. Quant à Paul Mouginot, ex-directeur commercial de la startup, il a pris, avec ses anciens associés Claire Bretton et Anis Gandoura, la tête du « Pricing » (tarification) de Veepee. Un poste hautement stratégique, à seulement 28 ans…

Quête de liberté

C’est un peu par hasard si ce jeune Savoyard s’est retrouvé dans le monde des affaires. « Au lycée, j’hésitais entre des études scientifiques et artistiques, et ce tiraillement constitue désormais mon moteur créatif », s’amuse-t-il dans une coursive du Wilson, les bureaux historiques de Veepee installés dans une ancienne imprimerie du quotidien Le Monde, près du Stade de France. Choisissant finalement la première option, le brillant élève enchaîne Supélec et ESCP-Europe. Puis rejoint, à la fin de ses études, un cabinet de conseil en direction générale spécialisé dans la grande consommation. Une formidable école, exigeante, où il découvre la digitalisation qui est à l’œuvre dans l’univers du retail. « On recommandait à tous nos clients de s’armer avec des outils numériques, notamment sur l’environnement concurrentiel », se souvient-il.

« Mais pourquoi ne pas fabriquer nous-mêmes les outils préconisés ? », se demande-t-il alors souvent. Qu’à cela ne tienne. En septembre 2016, Paul Mouginot saute le pas. Avec deux amis « en quête de liberté », il fonde daco. Leur objectif : apporter aux PME du secteur de la mode des solutions numériques pour faire face aux nouveaux rythmes imposés par les Zara, H&M et autres Asos.

La maîtrise de la data est devenue absolument capitale dans cet écosystème si complexe et si mouvant.

Car si elles veulent survivre, les enseignes de l’habillement sont désormais obligées de lancer leurs produits en continu, tout au long de l’année, comme les géants du secteur. Oubliés les catalogues, les collections et les saisons ! Il faut savoir anticiper en permanence les attentes et les tendances. Bref, la maîtrise de la data est devenue absolument capitale dans cet écosystème si complexe et si mouvant.

On a été très vite rentables, ce qui nous a permis de ne jamais faire appel aux investisseurs.

Un terrain de jeu extraordinaire

En quelques mois, l’équipe de daco conçoit un algorithme d’analyse concurrentielle parfaitement opérationnel qui séduit vite les références du secteur, au premier rang desquelles Veepee. « On a été très vite rentables, se flatte Paul Mouginot. Ce qui nous a permis de ne jamais faire appel aux investisseurs. » Petit-fils de garagiste, le jeune homme tient à tout prix à rester dans l’économie réelle et se méfie des levées de fonds qui reposent sur les seules illusions d’un business plan.

Deux ans après la création de la startup, l’inévitable finit par se produire : une offre de rachat proposée par son plus gros client, Veepee. « Nous n’avons pas hésité longtemps, confie Paul Mouginot. Car en nous faisant rentrer dans son groupe, Jacques-Antoine Granjon nous proposait un environnement technologique et humain exceptionnel pour développer notre produit. Un terrain de jeu extraordinaire. »

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Autant dire qu’il n’a pas été dépaysé en arrivant chez le géant de la mode en ligne. « Comme nous, c’est un pure player numérique, se félicite-t-il. De plus, l’entreprise fonctionne toujours en mode startup, avec des dirigeants très présents sur le terrain, très accessibles, très à l’écoute. » Mais il y a mieux : Mouginot partage avec son nouveau patron, Jacques-Antoine Granjon, une même passion pour l’art.

Les différents sites de Veepee sont en effet décorés à tous les étages avec des toiles, des sculptures et des installations contemporaines… Un univers éclectique, où voisinent Claude Viallat, Thomas Houseago et Jean-Michel Basquiat. « C’est extrêmement inspirant de travailler près de ces chefs-d’œuvre tous les jours », confie Mouginot, qui lui-même fréquente assidûment les galeries et contribue depuis près de 5 ans à Purple Magazine.

« La création contemporaine pourrait bien nous aider à l’avenir à ne pas nous laisser déborder par les nouvelles technologies, avance même le jeune homme. L’art nous montre ce qu’il y a d’humain, de sensuel et d’émouvant dans l’imperfection, ce que l’IA ne pourra jamais recréer. »

Paul Mouginot ne prononce pas ces paroles en l’air. Pour montrer que la solution qu’il a créée n’a pas vocation à remplacer les hommes, mais plutôt à les aider à monter en compétence, son équipe a mis un point d’honneur à intégrer en douceur tous les employés historiques du département « Pricing » de Veepee. « Nous les avons formés à l’outil daco, et leur expertise est désormais mieux valorisée, se félicite-t-il. Je crois que leur travail est encore plus intéressant et flatteur aujourd’hui. » Un humaniste au pays de l’IA.