Le très florissant marché de l’art déco

Trois maisons de ventes, Christie’s, Artcurial et Sotheby’s se sont battues pour avoir le privilège de vendre les 500 pièces extraordinaires collection du Château de Gourdon en 2011. Cela illustre bien l’intérêt majeur des professionnels du secteur pour l’art déco. Depuis les années 70 et la mythique vente Jacques Doucet, les prix des productions françaises des années 20 à 30 n’ont cessé de grimper, alimentés par la rareté des pièces disponibles. Les meubles co-signés par le spécialiste de la laque Jean Dunand et par celui des émaux Jean Goulden n’existent ainsi qu’en 6 exemplaires.

Des prix records

Le marché apprécie tout particulièrement la dispersion de collections prestigieuses comme celle de Simone et Pierre Hebey en 1990, la vente Pierre Bergé Saint Laurent en 2009 ou la cession de la collection Félix Marcilhac en mars 2014.

Pour les investisseurs européens, mais surtout américains et depuis quelques années asiatiques, c’est l’occasion d’acquérir des œuvres exceptionnelles. Lors de ces ventes prestigieuses, les records pleuvent. En 2009, à l’occasion de la vente Pierre Bergé Saint Laurent, un lustre Satellite d’Eileen Gray acquis environ 60.000 euros auprès de la galerie l’Arc en Seine, s’est revendu plus de 3 millions d’euros. Le fauteuil aux dragons de la même artiste s’est envolé à 21,9 millions d’euros.

En mars 2014 la collection Félix Marcilhac par Sotheby’s et Artcurial, forte de 316 lots, estimée au total 8 millions d’euros, s’est vendue 24,7 millions d’euros. Elle a enregistré au passage de beaux records comme un cabinet de Jean-Michel Frank recouvert de panneaux de gypse, estimé 400.000 euros et cédé à 3,8 millions d’euros.

Un marché à plusieurs vitesses

Si ces pièces prestigieuses sont très disputées, des meubles non signés ou signés par un nom moins prisé par les collectionneurs trouvent difficilement acquéreur ou partent à des prix beaucoup plus bas. D’autres, restent invendues, comme cette table à jeu de Jean Dunand qui a appartenu à Madeleine Vionnet, ravalée lors de la Vente Gourdon en 2011 avec une estimation entre 3 et 5 millions d’euros. Ce chef d’œuvre de modernisme a vu son estimation revue à la baisse entre 2 et 3 millions en 2011 dans le cadre d’une nouvelle de vente où il a à nouveau été ravalé.

La crise économique et l’arrivée de jeunes collectionneurs ont quelque peu infléchi le marché et radouci les prix. Par ailleurs, les goûts ont évolué. Le mobilier de Jaques Emile Ruhlmann qui fait le succès de la vente Hebey en 1999 est moins recherché, par exemple. Cependant, les amateurs répondent toujours présents pour les très belles pièces.

À la toute nouvelle TEFAF Spring qui se tiendra à New York en mai 2017, 2 des poids lourds de l’art déco seront présents : les galeries Vallois et l’Arc-en-Seine.

Quelles perspectives ?

En novembre 2016, à Paris, la collection Henri Chwast a totalisé près de 11 millions d’euros, témoignage du goût toujours prononcé des acheteurs pour les chefs d’œuvre modernistes. Record absolu de la vente, la cheminée en laque et coquille d’œuf de Jean Dunand a sextuplé son estimation haute pour partir à près de 2 millions d’euros. À la toute nouvelle TEFAF Spring qui se tiendra à New York en mai 2017, 2 des poids lourds de l’art déco seront présents les galeries Vallois et l’Arc-en-Seine. Un bon test pour ce marché toujours très dynamique.

Le saviez-vous ?

21,9 millions d’euros pour le fauteuil aux dragons d’Eileen Grey, c’est le prix le plus haut jamais atteint par un fauteuil toutes époques confondues.