Le tournant décisif de 2014-2015

Le 23 septembre 2014, les dirigeants du monde entier se sont réunis à New York pour un sommet de l’ONU dédié au climat. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, souhaitait un « sommet des solutions ». Ainsi, plus de 120 chefs d’Etat et de gouvernement se sont mobilisés pour donner un nouvel élan aux négociations internationales sur le réchauffement climatique dans la perspective d’un accord international à Paris en 2015 lors de la COP 21 . Décideurs économiques et financiers s’y sont investis largement pour aboutir à la signature de la Déclaration des investisseurs contre le changement climatique. Près de 350 investisseurs se sont ainsi engagés pour une économie plus verte. « Le changement est dans l’air », s’est félicité Ban Ki-Moon.

Le climat, un enjeu business

Ce sommet change les perceptions en soulignant les bénéfices économiques de la transition énergétique. Le risque climatique devient un risque financier. « Ils sont banquiers, assureurs, gestionnaires d’actifs et ne présentent pas leur engagement comme inspiré par des considérations éthiques ou morales mais bien par des considérations business, analyse Pascal Canfin, ancien ministre délégué au développement et directeur général de WWF France.

C’est leur cœur de métier qui est ici en jeu. Comment opérer dans un monde qui connaîtrait une crise climatique majeure c’est-à-dire 3 à 6 degrés de plus ? 6 degrés cela semble une échelle encore réduite. Pourtant avec 6 degrés de moins, une ville comme Grenoble est recouverte de glace. Cet engagement constitue un véritable tournant dans les mentalités: le réchauffement climatique est désormais considéré comme un sujet financier. En 2014 c’est encore très nouveau », poursuit l’ancien député européen.

L’Europe pourrait jouer un rôle de leadership majeur dans la Finance Climat

La France en avance

L’impulsion est donnée. Et les initiatives s’enchaînent. En avril 2015 la réunion du G20 à Washington a donné mandat au Conseil de la Stabilité Financière d’analyser les impacts du changement climatique sur la stabilité financière. « Cela constitue un autre signal majeur. Les grands argentiers examinent la vulnérabilité du système financier mondial au risque climatique », commente Pascal Canfin.

L’adoption en France de l’article 173 de la Loi sur la Transition Écologique et Énergétique(1) constitue une première mondiale. Un État impose aux gestionnaires d’actifs comme aux investisseurs institutionnels des obligations de transparence au regard de leur exposition au risque climatique (lien vers ID 118). « Il ne s’agit plus de s’interroger sur son empreinte carbone, mais sur la compatibilité de ses actifs avec les objectifs votés dans le cadre de l’accord de Paris. C’est beaucoup plus engageant puisque cela implique de mettre en œuvre des solutions », conclut Pascal Canfin.

Un leadership mondial à prendre

Ce mouvement ne s’arrêtera plus. « D’aucuns se sont inquiété aux lendemains de l’élection américaine de la volonté affichée par le nouveau Président des Etats-Unis de se retirer de l’accord de Paris. C’est un épiphénomène, rassure Pascal Canfin. Lors de la COP 22 qui s’est tenue en 2016 à Marrakech, ce sont des pays comme la Chine, l’Inde qui ont réaffirmé leurs engagements. L’engagement des Etats Unis n’est plus un prérequis. La géopolitique à cet égard a changé. Dans ce cadre, l’Europe pourrait jouer un rôle de leadership majeur dans la Finance Climat », conclut l’économiste.

(1) Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.