Théâtres parisiens : ces biens convoités par les grands groupes

En 2016, plusieurs théâtres privés ont changé de main. Le théâtre de l’Œuvre et celui des Bouffes parisiens ont été successivement rachetés par Vivendi et Vente-privée.com. Depuis quelques années, l’engouement des grands groupes pour ces biens atypiques ne se dément pas. Quelles sont leurs particularités et comment sont-ils valorisés ?

Acquérir le fonds ou les murs

Acheter un théâtre consiste à devenir propriétaire des murs ou du fonds de commerce. Dans le second cas, moyennant le versement de loyers, le détenteur se charge de la gestion et de la programmation du lieu. À Paris, la grande majorité des théâtres appartient à des sociétés immobilières, des familles ou des propriétaires institutionnels. Aujourd’hui les groupes financiers et les investisseurs privés achètent  ces salles comme  prolongement ou complément stratégique de leurs activités culturelles ou médias.

À Paris, la grande majorité des théâtres appartient à des sociétés immobilières, des familles ou des établissements bancaires.

Investir dans une marque

Investir dans un théâtre consiste tout d’abord à acheter une localisation, de nombreuses salles se situant en plein cœur de la capitale, dans des quartiers réputés dont le prix au mètre carré est élevé. Cependant, à la différence d’un bien immobilier classique, l’acquéreur devient aussi propriétaire d’une marque car ces scènes parisiennes ont leur histoire, leur renommée et même leurs têtes d’affiche. À titre d’exemple, le Théâtre de Paris, construit en 1730 dans le 9ème arrondissement, a accueilli Jean-Paul Belmondo, Romy Schneider ou encore Alain Delon.  La salle a été rachetée en 2013 par le groupe Ventre-Privee.com.

Le théâtre Bobino est un autre exemple éloquent car son histoire est peu commune. Salle de music-hall dans les années 1870, elle devient un lieu dédié à la chanson. De véritables icônes comme Edith Piaf, Barbara, Leo Ferré, Georges Brassens ou encore Joséphine Baker s’y sont produites. Le fonds de de cette institution a été racheté en 2010 par l’homme d’affaires Jean-Marc Dumontet, la salle renoue alors avec sa vocation historique en programmant des one-man shows, des concerts et des comédies musicales.

Rareté de l'offre

Ces spécificités font des théâtres des biens d’exception, relativement décorrélés des marchés immobiliers. Leur prix dépend ainsi de plusieurs paramètres dont la localisation, la surface mais surtout du nombre de fauteuils. La valorisation d’une salle est évidement liée à sa capacité à la remplir.

D’autres éléments entrent enfin en compte comme les coûts d’entretien du théâtre, ses équipements ou encore des normes très exigeantes en terme de sécurité et d’accessibilité. Pour certaines salles, parfois très anciennes, cette remise au norme complexe et coûteuse car elle implique de gros travaux de rénovation, voire une fermeture pendant plusieurs mois d’autant que pour certains, ce sont des bâtiments classés pour lesquels l’ensemble des travaux sont contrôlés. Une épée de Damoclès en quelque sorte qu’il faut impérativement intégrer dans le coût d’acquisition.

Le saviez-vous ?

Paris est incontestablement la capitale du théâtre. La ville compte 130 salles et près de 300 spectacles en moyenne par semaine.

Anthony Dumont
Anthony Dumont
Immobilier
Diplômé de l’EDHEC et en Droit des affaires, Anthony Dumont a travaillé au sein de Bouygues Construction, BNP Paribas Real Estate puis au Crédit Suisse avant de rejoindre Neuflize OBC en 2014 comme Responsable Conseil et Transaction Immobilier.