Studio+, Netflix et Amazon, les nouveaux financeurs de la création française ?

Attendue depuis plusieurs mois, Amazon a annoncé, le 14 décembre dernier, le lancement en France, et dans 199 autres pays, de son service de vidéos à la demande par abonnement, Amazon Prime Video. Un nouveau concurrent de taille pour les chaînes historiques françaises, déjà mises à mal par l’arrivée de Netflix dans l’hexagone en septembre 2014. Selon des analystes interrogés par Les Echos, le géant du e-commerce devrait dépenser 4 milliards de dollars dans les contenus en 2017. Soit 2 milliards de moins que ce qu’annonçait Netflix à l’automne dernier.

Les promesses des plates-formes

Les plates-formes SVoD sont-elles vraiment une alternative, voire une aubaine, pour les producteurs français ? Rien n’est moins sûr… En effet, s’ils sont de gros acheteurs de catalogues, il est difficile de cerner la place que ces nouveaux acteurs souhaitent prendre dans le marché de la production nouvelle. Alors que Netflix assure vouloir investir dans des productions locales et inédites, elle n’a pour l’heure financé qu’une seule fiction française, Marseille, produite par Fédération Entertainment. La première saison a coûté près de 8 millions d ‘euros et une suite est actuellement en développement.

Mais, l’arrivée de ces plates-formes OTT (over-the-top) n’est pas sans conséquence pour les diffuseurs traditionnels, déjà fragilisés par le lancement de la TNT en 2005 (et la baisse de leurs recettes publicitaires dans un univers à 25 chaînes gratuites). Alors qu’elles peuvent difficilement rivaliser avec les montants investis par Netflix, les chaînes historiques souffrent également d’un déséquilibre réglementaire : les acteurs internationaux ne sont en effet pas soumis aux mêmes obligations d’investissement qu’eux. Une concurrence que les diffuseurs traditionnels, premiers financeurs de la création, jugent inéquitable.

Si Netflix assure vouloir invertir dans des productions locales et inédites, elle n’a pour l’heure produit qu’une fiction française, Marseille.

L’émergence des plates-formes de vidéos pour mobile

Parallèlement, d’autres clients potentiels émergent en France… A l’instar de Studio+, plate-forme de mini-séries spécialement conçue pour les mobiles, lancée en grande pompe à l’automne par Canal+, avec un budget de 35 millions d’euros pour 2016, et autant pour 2017.
L’objectif est de proposer aux jeunes connectés des contenus ciblés. Canal+ n’est pas seule sur ce créneau. Dès à présent, Xavier Niel (Free) et Daniel Marhely (Deezer) préparent le lancement de leur plate-forme de vidéos pour mobiles, Blackpills. Ils se sont d’ailleurs alliés à Luc Besson pour la production d’une série de 10 épisodes de 10 minutes, portée par un casting international et intitulée Killer’s School.

Le rôle accru du distributeur

Face à toutes ces mutations, les producteurs français cherchent de nouvelles sources de financement. Parmi les alternatives : l’étranger. En effet, bon nombre de séries à potentiel international, comme Versailles sur Canal+, sont désormais pensées et produites pour être exportées. Les ventes des droits de diffusion d’un programme à une multitude de territoires interviennent même bien souvent en amont de la réalisation d’un programme et permettent aux producteurs de boucler leur plan de financement.
Cette tendance a renforcé le rôle du distributeur, souvent impliqué artistiquement et financièrement dès les premiers stades du développement. Une nouvelle manière de penser la création ?