Philanthropie de demain

Quelle sera la philanthropie de demain ?

La philanthropie évolue et doit s’adapter à une société en mutation. Qu’il s’agisse d’une philanthropie connectée et digitalisée ou d’une philanthropie proche de l’investissement financier, la manière de répondre à l’intérêt général change. Regard sur l’avenir à travers quelques pistes de réflexions.

Quelle sera la philanthropie de demain ?

La digitalisation, axe privilégié des nouveaux philanthropes

Tout se digitalise et les nouveaux entrepreneurs sont très actifs dans ces domaines. Ils œuvrent pour proposer de nouveaux services dématérialisés et attendent la même chose pour les services qui leurs sont rendus. Pour les actions philanthropiques, cela se traduit par l’émergence de nouveaux moyens de lever des fonds et par une implication personnelle plus importante de la part des donateurs.

Plus connectés, les entrepreneurs-donateurs sont parfois plus jeunes et évoluent dans un monde plus globalisé. Cela fait émerger de nouveaux modèles et une professionnalisation de la philanthropie. Désormais, les donateurs veulent, au-delà de leur générosité, s’impliquer dans les actions qu’ils financent en gommant les différences culturelles et géographiques.

Le crowdfunding : le meilleur moyen pour toucher le plus grand nombre

Le financement participatif via une plateforme peut prendre plusieurs formes. Désintéressée par nature, les dons sans récompenses et les prêts sans intérêts entrent totalement dans le domaine de la philanthropie. Le crowdfunding permettant, grâce à l’utilisation d’une plateforme, de toucher un plus grand nombre de donateurs. Ce système fonctionne déjà et pourrait continuer à se développer, les utilisateurs étant séduits par ce moyen de financer des actions d’intérêt général.

Le prêt participatif sans intérêt peut s’apparenter au don, puisqu’aucun retour financier n’est visé. Les prêteurs fiancent alors un projet, souvent porté par un individu ou par une entreprise. N’ayant aucun but financier il est possible d’imaginer la poursuite d’un but moral via le financement de certains projets. Cela rejoint alors pleinement une démarche philanthropique.

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Les cryptomonnaies : une nouvelle devise à utiliser

Les cryptomonnaies sont certainement un des leviers à étudier par les philanthropes. Aux États-Unis, certaines ONG (Save the Children, la Croix Rouge…) ont déjà accepté des dons en bitcoin ou d’autres cryptomonnaies et en contrepartie, elles se financent en monnaie réelle (dollar, euro…). Dans certains cas, les ONG prélèvent des frais, pour couvrir le change. Par ailleurs, tout comme les dons classiques, les donateurs en monnaie virtuelle bénéficient d’un avantage fiscal et sont exonérés de taxes sur les plus-values liées au change avec le dollar.

En France, le Samu Social et l’Unicef ont lancé des campagnes en bitcoin dans le courant de l’année 2018. Cependant, pour s’affranchir d’une volatilité trop importante sur le bitcoin, le Samu Social, par exemple, s’est engagé à fixer le taux de change en euro à une date précise, permettant à tous les donateurs d’avoir un change identique. Des initiatives encore rares, compte-tenu de l’absence de cadre fiscal spécifique.

La blockchain, un moyen de lever plus

De manière générale, une blockchain est souvent décrite comme un registre numérique et décentralisé, sans organisme central susceptible de le contrôler. Elle est donc évolutive mais peut toucher le plus grand nombre. Cette technologie est aujourd’hui utilisée notamment pour financer des projets d’entreprise, via les ICO (Initial Coin Offering), centralisant ainsi les achats de « coin » émis par l’entreprise financée.

En allant plus loin, il est possible d’imaginer que les ICO puissent à terme financer tous types de projets, qu’ils soient commerciaux ou non. La philanthropie a donc peut-être une place à prendre dans ce grand marché mondial de la cryptomonnaie. Pour l’heure, les systèmes étant peu reconnus par les États et donc peu sûrs, il est encore trop tôt pour qu’une fondation utilise la blockchain pour lever des fonds.

L’investissement philanthropique : une des meilleures pistes

Il y a quelques temps, Mark Zuckerberg, président de Facebook, annonçait vouloir donner 99% de ses actions pour financer des projets philanthropiques. Il a créé pour l’occasion, une société dédiée, dénommée L3C, ayant un statut juridique spécifique permettant de faire des dons et des investissements à but financier mais dont le produit servira à financer des projets non lucratifs.

Ce type d’entreprise ne peut pas encore être créé en France, aucun statut ne permettant une telle activité. Pourtant, cela permettrait aux fondations de placer une partie de leurs actifs dans le but initial décrit dans les statuts tout en leur permettant d’investir dans des entreprises sociales ou ayant un intérêt général. Permettre ainsi aux fondations de prêter ou investir dans des sociétés à fort impact social, serait un nouveau moyen pour les entrepreneurs-philanthropes d’agir pour l’intérêt général.

La philanthropie va encore évoluer dans les années à venir portée par de jeunes philanthropes prêts à prendre de nouvelles initiatives. Toutefois, les États et l’assouplissement du cadre juridique et réglementaire joue un rôle important dans ce développement, notamment la France.