Non aux quotas, oui aux statistiques de la diversité

Najoua Arduini Elatfani, Présidente du Club XXIe siècle, dresse un bilan des apports et limites des politiques de diversité.
Neuflize OBC

Quel est votre bilan après 10 ans de politique de promotion de la diversité ?

Le sujet a bien avancé. Quand j’ai commencé à travailler sur ce sujet, aucune grande entreprise ne parlait de diversité, n’avait de directeur ou de directrice des diversités et n’avait mis en place de politique traitant des différentes formes de diversités. En revanche, les travaux et la réflexion du Club XXIe siècle garde toute leur importance en matière de diversité ethno-culturelle. La diversité ethno-culturelle reste la diversité la moins bien appréhendée par les entreprises. Les entreprises ont du mal à identifier de quelle manière elles peuvent mesurer et traiter cette question de la diversité. On observe un flou, une crainte des dirigeants de poser des mots sur la diversité ethno-culturelle. Il est donc essentiel de continuer à avancer sur ce sujet.

Avec qui travaillez-vous sur ces sujets ?

Nous avons fait le choix de privilégier les échanges avec les entreprises, bien plus qu’avec les politiques. En effet, nous sommes persuadés qu’elles ont un intérêt évident à s’intéresser à ce sujet et à se positionner clairement face à cette évolution sociétale. Dans leur quête de talents la diversité est une véritable richesse en termes d’apport de business. Les études sont formelles à ce propos.

Quelle est votre position sur le CV anonyme et sur les statistiques permettant de mesurer la diversité ?

Le fait que le CV anonyme ne soit pas rentré dans la loi constitue un grand regret. En effet, je suis intimement persuadée que sans être une fin en soi, il constitue un moyen pour beaucoup de candidats d’accéder à ce premier entretien qu’ils peinent parfois à obtenir. Le CV anonyme peut aider un dirigeant à dépasser ses habitudes de recrutement en allant au-delà de ses craintes face à un nom à consonance étrangère, voire un nom à consonance musulmane. On ne réalise pas à quel point les discriminations à l’emploi sont encore très prégnantes.
Les statistiques permettent de faire un constat. Il s’agit d’une photo de l’existant. Elles ne sont pas à confondre avec des quotas dont la mise en œuvre ne constitue pas une solution envisageable car ils sont source de crispations sociales. Les statistiques constituent un bon indicateur pour une politique de diversité. Elles permettent d’en mesurer les effets et de l’ajuster. C’est parce que l’on sait où on en est, que l’on sait où on veut aller et comment on va y aller.