Paris durables

Interview de Laurence Boone - Chef économiste de l'OCDE / Les français peu enclins à la bourse / La France, le 2ème pays européens le plus attrayants pour les investisseurs. Afficher dans le navigateur

Décembre
Paris durables

7,8 milliards d’euros. C’est le total des capitaux investis au premier semestre 2019 dans 1 200 start-up, PME et ETI françaises. Un chiffre en parfaite cohérence avec l’analyse de France Invest et du cabinet d’étude Grant Thornton qui, à côté des valeurs sûres du marché, soulignent le dynamisme des mouvements de capitaux vers des sociétés plus modestes mais souvent innovantes. Et le potentiel n’a pas échappé aux investisseurs étrangers. En 2018, pour la première fois dans l’histoire du Baromètre EY sur l’attractivité de la France, notre pays se hisse à la deuxième place du palmarès des pays européens les plus attractifs, doublant l’Allemagne et talonnant le Royaume-Uni.

Même les Français, pourtant peu enclins à investir en Bourse – à peine 15 %, selon un sondage Odaxa –, ont défié les statistiques à l’occasion de la privatisation de la Française des jeux.

Et ça tombe bien. Car, comme le rappelle Ban Ki-moon, l’ancien secrétaire général des Nations unies, les opportunités ne sont pas près de manquer. Si le changement climatique constitue un énorme défi, il appelle des investissements massifs. Or, s’adapter pour prévenir les catastrophes climatiques n’est pas seulement juste, « c’est aussi la chose la plus intelligente à faire pour booster la croissance économique ». On comprend alors pourquoi des fonds comme BlackRock ou la Banque européenne d’investissement (BEI) ont déjà décidé de réorienter leurs investissements vers des activités plus durables. Avec, à la clé, l’ambition de construire de nouvelles normes de performance

Faire sortir les états-majors de leur zone de confort, voilà la mission dont se sont investis les actionnaires « activistes ». Selon l’Institut Sapiens, ils parviennent à réorienter la stratégie des sociétés cotées vers des préoccupations plus durables. Une stratégie payante si l’on en croit l’impact positif de leur positionnement sur les performances et la valorisation des entreprises. Mais Klaus Schwab, fondateur et président du World Economic Forum, va encore plus loin en plaidant pour un « capitalisme des parties prenantes », afin d’atteindre plus efficacement les objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Car, il en est convaincu, c’est le meilleur moyen de bâtir le système économique et le capitalisme dont les citoyens veulent vraiment !

 « L’incertitude ne doit pas constituer une justification à l’inaction. »

Comment sont réalisées les perspectives économiques ? Pourquoi ces prévisions, pourtant incertaines, sont indispensables aux choix politiques ? Laurence Boone, Chef économiste de l’OCDE nous répond.

Q- Comment l’OCDE réalise-t-il les prévisions sur les perspectives économiques ? 

Laurence Boone – Nos prévisions, publiées deux fois par an, donnent une vue d’ensemble de l’économie mondiale et des tendances pour les deux années à venir dans les pays de l’OCDE et les principales économies émergentes. C’est le travail d’équipes d’experts pays, reposant sur un ensemble de méthodes complémentaires : la modélisation des relations entre différents indicateurs économiques au sein des pays et entre pays, une connaissance fine du fonctionnement de l’économie de chaque pays, et bien sûr des hypothèses concernant l’évolution des politiques fiscales, monétaires et structurelles. 

Q- La prévision de long terme (sur plusieurs décennies pour les évolutions structurelles) a-t-elle toujours du sens ?

L. B.  L’OCDE publie des scénarios à horizon très long, jusque 2060, pour appréhender les grandes tendances qui vont peser sur la croissance, l’emploi, les finances publiques… Il ne s’agit plus d’anticiper les cycles, mais de comprendre les implications à long terme des choix de politique économique – y compris de l’inaction – et ainsi alimenter le débat sur les réformes à mener. Par exemple, les décisions prises pour répondre au vieillissement de la population, à la numérisation de l’économie, au changement climatique, peuvent avoir des effets limités à court terme mais conduire à des trajectoires insoutenables à long terme. 

Q - Comment aborder des questions comme les conséquences du changement climatique ? 

L. B. –  La question des impacts du changement climatique est compliquée à plusieurs égards. Il s’agit d’abord d’un phénomène de long terme, même si les effets du changement climatique se font déjà sentir dans certaines régions les plus exposées. Une incertitude importante entoure donc nos prévisions, qui dépend de la trajectoire des émissions de carbone (elle-même dépendante des politiques futures), de l’effet du stock de CO2 sur le réchauffement (qui est plutôt bien compris des climatologues hormis de potentiels effets de seuil) et de l’effet du réchauffement sur l’activité économique. Sur ce dernier point, les données historiques constituent une source d’information précieuse, par exemple sur l’effet des températures sur la productivité agricole et les dépenses de santé ou sur l’impact des ouragans sur le capital fixe, mais il reste difficile d’extrapoler à partir d'événements passés dont la dimension pourrait être bien moindre qu’à l’avenir. 

"New Green Deal"

Alors que les délégations de la COP25 se sont très peu entendues à Madrid, l’Union européenne a retrouvé le devant de la scène climatique avec l’annonce par le Conseil européen d’un accord autour de son « New Green Deal ». Ce pacte, qui sera présenté par la commission à l’été 2020, doit faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone à horizon 2050.

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