L’art de pousser les pions

Interview de Luc Julia, Chief Technical Officer de Samsung : "Si vous tenez vraiment à l’acronyme IA, je vous propose de dire intelligence augmentée.Affichez cet email dans votre navigateur.

Octobre
L'art de pousser les pions

Quarante ans déjà ! Le 17 juillet 1979, le Washington Post annonçait la victoire d’un ordinateur baptisé « Gammanoid » contre un joueur professionnel de backgammon. Depuis, les machines ont battu les humains dans bien d’autres disciplines : échecs, poker, jeu de go, et même Rubik’s Cube, recense le Business Insider. De sorte que ce sont vers les champs de bataille que désormais les regards se portent. L’armée française vient ainsi de publier une note sur « l’intelligence artificielle au service de la défense ». Selon ses auteurs, « L’IA peut constituer un agent déstabilisateur des équilibres établis ». Et de plaider pour le déblocage d’un budget de recherche militaire de 700 millions d’euros dans ce domaine.

Mais l’intelligence artificielle ne représente pas seulement un enjeu géostratégique. La protection de la planète est aussi en cause. Interrogé il y a quelques jours par le site Slate, un chercheur de l’université de Washington indique que certains algorithmes peuvent rejeter, en une seule opération, autant de CO2 que 5 automobiles à la fois ! On se rassurera en lisant dans la revue Nature le passionnant portrait de Thomas Crawther, un jeune professeur à l’École polytechnique fédérale de Zurich qui a établi, justement grâce à l’IA, que la Terre compte aujourd'hui environ 3 000 milliards d’arbres. Et qu’une augmentation d’un tiers de la surface mondiale forestière pourrait enrayer le réchauffement climatique.

Autre défi posé par le digital : l’égalité entre les sexes. AnitaB, une association américaine qui milite pour la fin du sexisme dans le secteur, estime dans son dernier rapport que les femmes représentent tout juste un quart des salariés du numérique aux USA. Au rythme actuel, la parité ne sera atteinte qu’en 2041. « Pour accélérer la progression, il faut davantage célébrer les rôles modèles », recommande l’ONG. Lesquels ? La liste des femmes d’affaires les plus puissantes des États-Unis publiée la semaine dernière par le magazine Fortune fournit quelques beaux exemples. À noter que sur les 50 premières, 11 travaillent dans la Tech. Soit la première industrie représentée au sein du classement. Les champs de bataille ne sont pas toujours là où on les attend.

 « Si vous tenez vraiment à l’acronyme IA, je vous propose de dire intelligence augmentée. »

L’une des figures les plus influentes de la Silicon Valley est un Français ! À Mountain View, en Californie, Luc Julia, 53 ans, dirige le centre de recherche et développement de Samsung dédié à l’intelligence artificielle.

Q- Pourquoi rejetez-vous le terme « d’intelligence artificielle » ? 

Luc Julia –Tout simplement parce que c’est un concept qui renvoie à la science-fiction, pas à la réalité. Il est parfaitement fantaisiste de s’imaginer que mes confrères et moi-même sommes en train de concevoir dans nos laboratoires des Robocop qui, un jour, se retourneront contre l’Homme… Aussi, je préfère employer un autre vocabulaire pour décrire ce que nous faisons, à savoir le développement des « systèmes experts », de « machine learning » (apprentissage automatique) et « deep learning » (apprentissage profond). Et si vous tenez vraiment à l’acronyme « IA », je vous propose de dire « intelligence augmentée ».

Q- Reconnaissance de la voix, diagnostics médicaux… dans certains domaines, le deep learning produit des effets spectaculaires. Où auront lieu les prochains pas de géants ?

L. J.  Selon moi, le terrain sur lequel nous allons assister à des évolutions techniques majeures au cours des prochaines années est celui des objets connectés. Je pense à tous les instruments qui se trouvent dans nos cuisines, nos salles de bains, nos bureaux, la domotique… Des dizaines et des dizaines d’engins électroniques dont nous nous servons tous les jours. Bientôt, nous dialoguerons avec eux par la voix, et ils seront capables de comprendre nos habitudes, nos attentes, nos erreurs. On va vers une hyperpersonnalisation de ces outils, qui vont compiler de plus en plus d’informations sur leurs utilisateurs, et donc s’adapter toujours davantage à eux. Aussi, j’affirme que nous n’en deviendrons pas les esclaves, bien au contraire.

Q - L’intelligence artificielle représente-t-elle un danger écologique ? 

L. J. –  Il s’agit d’un sujet dont à mon sens on ne parle pas suffisamment dans les médias. En 2016, l’algorithme AlphaGo a battu au jeu de go le champion coréen Lee Sedol. Fort bien, mais ce que l’on oublie de dire, c’est que le programme informatique utilisé a consommé 1 000 kilowatts durant la partie alors que son adversaire humain ne dépensait, lui, que 20 watts. Soit 50 000 fois moins ! Tous les fabricants vont devoir se poser sérieusement la question de la baisse de consommation énergétique. Sans quoi on va dans le mur…

"Suprématie quantique"

Selon le Financial Times, un ordinateur mis au point par Google a pu récemment effectuer en quelques minutes seulement une opération mathématique hypercomplexe qui aurait demandé quelque 10 000 ans au plus puissant des supercalculateurs actuels. Le journal estime que l’objectif de « suprématie quantique », fixé il y a quelques années par le géant californien, a d’ores et déjà été atteint.

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