La nanomédecine, nouvelle frontière de la pharma

Si les biotechnologies sont toujours en pleine phase de conquête du marché pharmaceutique face aux molécules chimiques, les médicaments issus du vivant ne sont pas un concept si récent, par exemple dès le XIXe siècle au travers de la vaccination. Par contraste, la nano-médecine aborde une frontière totalement nouvelle, puisque le premier nano-médicament a été homologué en 1995 seulement.

Univers thérapeutique

La nano-médecine a trait aux applications thérapeutiques de matériaux dont la taille est de l’ordre du nanomètre, soit un milliardième de mètre. La possibilité d’intervenir à cette échelle ouvre un nouvel univers thérapeutique dans la mesure où la plupart des processus pathologiques relèvent du domaine nanométrique. Les nanoparticules évoluent dans le même univers que les protéines, les enzymes, les éléments de l’ADN…

Des applications médicales prometteuses

La médecine peut d’abord tirer parti de la capacité des nanoparticules à se faufiler jusqu’au briques fondatrices de l’organisme. Le principe est d’encapsuler une molécule thérapeutique au sein d’une bille nanoscopique appelée liposome en dotant ce conteneur de la bonne « adresse de livraison » via les récepteurs qui différencient les cellules, notamment cancéreuses. Cela permet d’éviter d’arroser indifféremment tout l’organisme, cellules saines y compris. Cela limite fortement les doses administrées et les effets secondaires.

Les nanoparticules peuvent aussi être utilisées pour leur propre action physique, notamment vis-à-vis de la radiothérapie, traitement couramment employé dans plus d’un cas de cancer sur deux. La firme française Nanobiotix façonne des particules d’oxyde d’hafnium, matériau chimiquement et biologiquement inerte mais qui a la propriété de concentrer les rayons X. Injectées dans la tumeur quelques heures avant la séance, ces nanoparticules permettent d’améliorer la capacité de la radiothérapie à détruire les cellules cancéreuses à dose de radiation équivalente, ou bien de diminuer l’irradiation pour une efficacité équivalente chez des patients fragilisés.

Cette approche purement physique du cancer a pour avantage de passer outre la variabilité biologique des individus qui peut modifier considérablement l’efficacité des thérapies ciblées. Elles sont souvent très onéreuses et sont ainsi adaptées au profil de chaque patient. En effet, lorsque l’on applique la dose suffisante, n’importe quelle cellule cancéreuse est vulnérable aux rayons X, la seule limite étant les dégâts provoqués sur les tissus sains.

Un marché exponentiel

Depuis le Doxil, une version liposomale de la molécule anti-tumorale doxorubicine, une cinquantaine de nano-médicaments a été mis sur le marché. Selon Grand View Research, le marché mondial des nano-thérapies atteignait déjà 212 milliards de dollars en 2015 et il devrait continuer à enregistrer une croissance annuelle à deux chiffres. L’exemple de la plate-forme NanoXray illustre les perspectives attendues en oncologie, avec le potentiel de devenir un nouveau pilier de l’arsenal anti-cancer.

Le saviez-vous ?

Le rapport d’un nanomètre à un mètre est comparable à celui entre une bille et le globe terrestre. Des dimensions si faibles que ces nanoparticules peuvent, dans certaines conditions, être introduites au sein de cellules humaines dont les dimensions sont nettement plus importantes, de l’ordre de 10 à 20 micromètres.