May, Poutine, Trump, la triple chance de l’Europe
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May, Poutine, Trump, la triple chance de l’Europe

May, Poutine, Trump, la triple chance de l’Europe

Au delà des difficultés de court terme, les relations de l’Union Européenne avec ses turbulents partenaires pourraient changer l’Europe en la rendant à la fois plus souple et plus résistante aux chocs

Wilfrid
Wilfrid Galland
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

Diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris, Wilfrid rejoint la Banque Neuflize OBC à Paris en 2003 en tant que responsable du Marketing et des Produits. Il rejoint le Luxembourg en 2007 pour prendre des fonctions de Senior Private Banker puis responsable du desk « France » au sein d’ABN AMRO Private Banking Luxembourg. De retour en 2011 à Paris, il devient responsable du Conseil en Investissement avant de devenir en 2016 responsable de la Stratégie de Marchés de la banque Neuflize OBC.

Le Brexit ou le renouveau de la « maison commune »

Les dernières élections générales au Royaume-Uni, en fragilisant la majorité de Theresa May, ont probablement à la fois rendu plus chaotiques les futures négociations autour du Brexit et sonné le glas des espoirs des tenants d’un « Hard Brexit » qui couperait tout lien avec l’Union Européenne. Reste que le vote du 22 juin 2016 ne peut être effacé. Il s’agira donc de trouver une solution qui permette à toutes les parties de sauver la face tout en préservant l’avenir. La solution réside probablement dans la fameuse « Europe à la carte », constituée de plusieurs cercles concentriques, du cœur de la zone euro jusqu’à l’Association Européenne de Libre Echange (AELE,) qui inclut l’Islande, le Lichtenstein, la Norvège et la Suisse, en passant par l’Espace Economique Européen (AELE moins la Suisse). Les négociations qui s’amorcent sont l’occasion de revivifier l’AELE et l’EEE, de leur donner un sens économique, politique et de défense afin de refonder leurs liens avec l’Union Européenne et de retrouver un sens terme « maison commune européenne ».

Poutine, l’allié involontaire dans les Balkans et l’arc baltique

Le renouveau de cette « maison commune » peut également constituer une opportunité pour ancrer les Balkans – à l’exception de la Slovénie, déjà membre de la zone euro – dans le projet européen. L’opportunité est d’autant plus grande que, malgré les pressions russes, les signaux sont plutôt positifs : le Monténégro a rejoint l’OTAN le 5 juin malgré la fureur de Moscou, et la Serbie , où Aleksandar Vucic est président depuis avril, vient de nommer Premier Ministre Ana Brnabic, 41 ans et très pro-européenne. Même en Macédoine, candidat déclaré à l’adhésion à l’Union Européenne et traditionnel foyer d’instabilité de la région, les tensions avec la Grèce semblent en voie d’apaisement depuis la visite diplomatique à Athènes le 14 juin dernier du nouveau Ministre des Affaires Etrangères de Macédoine, Nikola Dimitrov. Dans l’arc baltique, la pression russe est, par nature, plus directe après le précédent ukrainien. Rappelons, à titre d’illustration, que 25% de la population estonienne est russophone. La réponse européenne devra donc se matérialiser par des efforts de défense concrets dans ces pays, première pierre d’un dispositif de défense européen, d’autant plus nécessaire que l’OTAN est fragilisée par le refus de Donald Trump d’invoquer publiquement l’Article 5 du traité de l’Atlantique Nord qui décrit l’obligation de tous les membres de porter assistance à l’un d’eux en cas d’attaque.

Trump, le catalyseur des efforts européens

Le retour à une tradition isolationniste du président américain est peut être l’aiguillon qui manquait à l’Europe pour relancer son projet. Les attaques virulentes de Donald Trump contre l’Allemagne et la puissance de son économie ont achevé de convaincre la chancelière allemande de la nécessité pour l’Europe de reprendre son destin en mains. Cela devrait se vérifier non seulement dans les aspects politiques, diplomatiques et militaires explicités ci-dessus, mais aussi sur le plan économique. Dès le 22 mai, un groupe de travail franco-allemand destiné à créer une « nouvelle dynamique », quitte à changer les traités, s’est constitué. Il ne pourra réellement avancer qu’après les élections générales allemandes du 24 septembre. Mais d’ores et déjà, une proposition de la Commission Européenne pourrait retenir son attention : il s’agit de créer de nouveaux titres de créances les « Sovereigns Bonds Back Securities » (SBSS), sorte de titres de dette senior titrisables, capables – entre autres – de briser le lien mortifère entre les banques et leur Etat d’origine, donc de créer, enfin, une véritable zone bancaire intégrée. En attendant de véritables et hypothétiques « Eurobonds », ces SBSS créeraient le premier maillon d’une solidarité de fait sans laquelle la zone euro demeure toujours fragile, et la « maison commune », une construction aux fondations incertaines.

Article rédigé par Wilfrid Galand pour les Echos le 20/06/2017

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