Marchés financiers : prévision n’est pas prédiction

Marchés financiers : prévision n’est pas prédiction

Le mois de décembre est propice à l’exercice de la prévision. Les économistes et les spécialistes des marchés financiers avancent alors leurs différents scénarii pour l’année à venir. Ces derniers permettent d’établir un consensus, même si celui-ci est très souvent remis en question en cours d’année.

Tous les ans, en fin d’année, les spécialistes des marchés financiers, les plateformes de négociation et les gérants d’actifs établissent leurs prévisions pour l’année suivante. Ils essaient d’anticiper la manière dont vont se comporter les grandes économies et, en conséquence, la progression ou la baisse des marchés financiers. Après s’être prêtés à cet exercice traditionnel, ils en déduisent une allocation d’actifs, mais il leur arrive de se fourvoyer. L’an dernier, par exemple, après une année compliquée sur les marchés financiers et des actifs presque tous en baisse, rares étaient les spécialistes à anticiper la progression des marchés actions. Aucun scénario ne tablait sur une progression de l’indice CAC40 à plus de 22% en 2019 (chiffres du 6 décembre), ou sur les records historiques des marchés américains qui ont entamé une décennie entière de hausse.

Des prévisions souvent déjouées

En 2019, les paramètres qui déjouent les prévisions reposent essentiellement sur le rôle des banques centrales des grands pays développés. Contre toute attente, celles-ci ont entamé un virage important en début d’année. En effet, depuis plusieurs années, elles avaient commencé (ou s’y étaient engagées) à modifier leur politique accommodante qui prévoyait des conditions de financement très favorables pour les acteurs économiques. Toutefois, l’amélioration de la croissance mondiale, qui selon certaines prévisions auraient pu atteindre 4% en 2018, les a amené à revoir ces conditions. Les marchés s’attendaient donc à « un tour de vis ». Cependant, c’était sans compter les tweets imprévisibles de Donald Trump et sa volonté d’entamer un rapport de force avec l’ensemble de ses partenaires commerciaux. Notamment la Chine et l’Europe. Cette démarche a eu une incidence sur le commerce mondial et donc sur la croissance mondiale. Les Banques centrales ont dû maintenir des conditions financières favorables. On le constate chaque année, les décisions politiques ont un impact important sur les économies et elles ne sont pas toujours faciles à anticiper.

Des modèles avec des hypothèses fortes

Les modèles sur lesquels s’appuient les prévisions schématisent le comportement des économies. Ils utilisent notamment l’hypothèse dite « ceteris paribus » (toutes choses égales par ailleurs). Ce mécanisme de simplification fonde le raisonnement et la modélisation économique mais limite fortement les autres paramètres susceptibles d’influencer l’économie. Il la réduit à une équation simple et déterministe.

Onze mois après son élection en décembre 2017, l’administration Trump a réussi à confirmer des baisses d’impôts importantes pour 2018 et celles-ci ont eu des effets jusqu’en 2019. De manière très schématique, un économiste peut évaluer leurs impacts, mais il ne peut pas intégrer dans son modèle d’autres décisions politiques ou d’autres variations de l’environnement économique qui peuvent pourtant être aussi déterminantes. Le modèle s’établit comme si l’environnement dans lequel il se trouve restait le même. Cette hypothèse nécessaire pour construire une modélisation est dite forte, elle a un impact sur le résultat obtenu.

Dans un contexte où les décisions politiques se multiplient et ne sont pas prévisibles et/ou les interactions entre les grandes puissances mondiales ne relèvent pas de la coopération, mais plus de conflits, l’aléa devient important. L’exercice de la prévision devient complexe et une prévision ne peut pas être considérée comme une prédiction avec un taux de réalisation aléatoire.

Un exercice pourtant utile

Procéder régulièrement à cet exercice reste utile. Les prévisions permettent de baliser le terrain, de prendre des décisions assises sur des analyses rationnelles même s’il faudra les réajuster en cours d’année pour s’adapter aux évolutions réelles en distinguant le court, le moyen et le long terme.

Les économistes parviennent à prévoir plus justement les trajectoires que les évolutions à court terme soumises à un plus grand nombre d’aléas. Si on fait un parallèle avec les cours boursiers, ceux-ci relèvent à long terme des fondamentaux d’une entreprise. À court terme, ils peuvent être bousculés par des changements d’environnement ou par des modifications liées au management. Sur une longue période, ils rejoignent une dynamique liée aux fondamentaux. La prévision consiste alors à évaluer cette dynamique, même si à court terme, celle-ci peut sembler échapper à toute analyse rationnelle.

Il est important de se renseigner sur les perspectives économiques et des marchés financiers avant de prendre une décision d’investissement. Cela permet d’éclairer son choix, tout en étant conscient des limites de l’exercice et en intégrant plus globalement cette décision dans une allocation d’actifs qui s’inscrit dans des objectifs patrimoniaux à long terme.

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