L’ubérisation, des Français à moitié convaincus

Entretien avec Jean-Daniel Levy
Neuflize OBC

Comment les Français identifient-ils l’Ubérisation de l’économie ?

Le terme Ubérisation, définit un phénomène récent, mais il est très rapidement entré dans le langage courant. En effet, 75% des Français en ont entendu parler1 et ils associent le concept au transport ainsi qu’à tout ce qui contribue à libéraliser certains secteurs de l’économie par le biais de la dématérialisation. Pour la plupart d’entre eux, il symbolise l’alliance entre l’évolution de secteurs marchands et la dématérialisation des relations entre les clients et leurs acteurs.

Quelles entreprises incarnent le mieux ce phénomène, selon les Français ?

Ils identifient Uber, Blablacar, Airbnb, et Amazon. Ces sociétés ont en commun d’être récentes et assez désincarnées dans le sens où l’on ne connaît pas forcément leurs dirigeants ou leurs représentants. Toutes pratiquent des activités préexistantes (location de logement, covoiturage…). Les sites d’échanges comme Facebook, LinkdIn ou Twitter ne sont pas mentionnés par les Français car ils s’inscrivent dans des relations non marchandes.

Quel est le jugement des Français sur l’Ubérisation ?

Le regard des Français sur ce phénomène est double. En tant que consommateurs, ils approuvent très nettement ces différentes modalités de commerce, les jugeant plus simples, plus rapides, plus efficaces et à des prix qui apparaissent plus accessibles. Cependant, en tant que citoyens ou salariés, les Français émettent des doutes sur l’évolution de la structuration du salariat, sur la capacité à avoir un rapport équilibré avec l’employeur et sur la pérennité du contrat de travail. Or, de manière générale, ils restent très attachés au contrat de travail à long terme et estiment que l’Ubérisation les placent, en tension.

Une chose est tout à fait frappante. En France l’économie numérique fonctionne bien. À la CES (Consumer Electronic Show)2 de Las Vegas les Français sont pris très au sérieux et reconnus pour leur capacité à gagner des parts de marché. Par exemple, les entreprises françaises sont prêtes à occuper une place de leader européen, voire mondial, dans l’industrie du jeu vidéo. Pourtant, l’opinion publique française n’a pas pleinement conscience de cette capacité d’innovation pourtant créatrice d’’emploi.

Comment l’expliquez-vous ?

La fermeture d’une usine produit toujours un grand retentissement auprès des média et de l’opinion publique. En revanche, les performances françaises dans l’industrie numérique, sont souvent moins médiatisées et marquent moins les esprits des français. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. D’une part, ces activités sont moins incarnées physiquement (géographique, dirigeant…). D’autre part elles ne s’adressent pas aux populations les moins favorisées. Or, en France, on attend une égalité et une capacité d’accès à l’emploi aux Français quels que soient leur statut social et leur localisation.

(1) Que pensent les Français de l’Ubérisation : Mythe ou réalité ? Menace ou opportunité ? Février 2016, Harris Interactive
(2) Ndlr : le plus grand événement mondial High-tech