Livres anciens, un plaisir d’initiés

Le marché de l’art a beau être mondialisé, chaque pays est reconnu comme leader dans certaines spécialités. Ainsi, la France occupe le premier rang dans un secteur discret de la bibliophilie. Le marché des livres anciens recouvre, en effet, un large éventail d’ouvrages : des incunables du Moyen-Age, aux premières éditions des grands écrivains de l’époque romantique en passant par les aventures de Jules Vernes éditées dans les merveilleuses reliures de la maison Hetzel ou les créations originales des artistes du surréalisme ou du dadaïsme.

Un marché très segmenté

Sur ce marché, où interviennent libraires en livres anciens et maisons de ventes, les acheteurs sont des passionnés. Ils s’intéressent le plus souvent à une époque, à certains écrivains ou à des éditions uniques. Certains recherchent uniquement les plus beaux cartonnages, s’intéressent exclusivement à des éditions illustrées par des artistes connus comme Gustave Doré, Chagall, Picasso. D’autres privilégient des livres aux précieuses reliures Art déco de François-Louis Schmied : tel fut le cas de la merveilleuse collection du galeriste Félix Marcilhac vendue en 2012 par l’étude Binoche-Giquello. Ses 95 volumes ont permis à l’étude de récolter plus de 1,38 millions d’euros. Rares sont ceux qui, comme Pierre Bergé, s’intéressent à tout l’univers des livres. Par conséquent, le marché se révèle compartimenté.

Les prix progressent avec régularité notamment en raison de la vente de collections prestigieuses comme celle de la collection Pierre Bergé.

Un secteur peu spéculatif

Comme tout marché d’initiés, la bibliophilie n’est pas un secteur spéculatif. À la différence du secteur des lettres et manuscrits, sérieusement compromis par le scandale d’Aristophil, les prix ne sont pas fonction de modes passagères ou de cotations artificiellement montées. Ils dépendent toujours de la qualité des livres. Cependant, les prix progressent avec régularité, notamment en raison de la vente de collections prestigieuses comme celle de Pierre Bergé. Quelques 180 ouvrages ont rapporté 11,68 millions d’euros.

L’amplitude des prix est importante, de 1 000 euros à plusieurs centaines de milliers d’euros, voire beaucoup plus. Importance de l’ouvrage, nombre d’éditions, précédents propriétaires, les critères qui participent à la valeur d’un livre sont multiples. Birds of America, l’ouvrage du naturaliste Jean-Jacques Audubon, a ainsi été vendu par Sotheby’s à Londres en 2010 7,3 millions de livres (8,2 millions d’euros). En 2012, une autre édition de cet ouvrage a atteint 7,9 millions de dollars (6,10 millions d’euros) à New York dans le cadre d’une vente aux enchères organisée par Christie’s. En novembre 2014 le Bay Psalm Book, un des livres fondateurs de l’indépendance américaine, s’est envolé à 14,2 millions de dollars (11,3 millions d’euros) sous le marteau de Sotheby’s à New York. Ce fut un record pour un livre imprimé. Ce marché florissant, qui affiche de très belles performances, intéresse de plus en plus les grandes maisons de vente.

Le saviez-vous

En décembre 2015, la première vente de la bibliothèque de Pierre Bergé portait sur quelques 180 ouvrages. Elle a totalisé 11,68 millions d’euros.