Ville à l'épreuve de la santé

Les villes à l’épreuve de la santé

La crise sanitaire a montré de façon aiguë, la nécessité pour les villes de concilier l’urgence sanitaire et les enjeux de développement durable. Pour les collectivités locales l’heure est à l’urbanisme tactique.

C’est une initiative parmi beaucoup d’autres, mais elle a le mérite de montrer l’importance des villes dans la lutte contre les conséquences de la pandémie mondiale. Après les mesures annoncées par le Gouvernement mi-mars, la ville de Grenoble a lancé la plateforme d’entraide « Grenoble Voisins Voisines » pour placer la solidarité numérique au cœur de son action. Au-delà de la garde des enfants du personnel soignant, policiers, gendarmes et pompiers et de la diffusion de contenus culturels, la ville a aussi soutenu une innovation dans le secteur médical : une bulle a été conçue par des chercheurs et des médecins de l’Université Grenoble Alpes, du CHU et du CNRS pour transporter les malades en limitant la propagation du virus. Elle a été utilisée lors du transfert des malades d’une région à l’autre. Comme Grenoble, de nombreuses villes ont innové pour s’adapter à la situation et imposer la distanciation physique des habitants.

L’urbanisme tactique au service de la santé

Certaines agglomérations se sont mobilisées pour modifier l’organisation de leurs espaces publics et garantir le mieux possible la sécurité sanitaire des citoyens : élargissement des trottoirs et des terrasses des restaurants, transformation des voies de circulation automobile en pistes cyclables, lieux éphémère sécurisé pour organiser un concert, gymnase transformé en dortoir ou encore parking transformé en « drive in » pour des projections de cinéma… En langage technique, cette capacité à adapter les espaces en fonction de besoin immédiats s’appelle « l’urbanisme tactique ». Le concept se définit comme une intervention à un échelon local (une rue, une intersection, une place publique), à un faible coût, et à court terme, résultant d’une initiative privée et locale. Exemples : Les habitants d’un quartier décident ainsi de peindre en 3D un passage piéton pour ralentir le trafic automobile ou…un gérant de magasin colle des bandes adhésives pour marquer la distanciation sociale…

L’urbanisme tactique s’oppose à un urbanisme plus « politique », et de plus long terme, liés aux grandes évolutions de la ville sous l’influence, notamment, des problématiques de santé publique (mais pas seulement). L’inspiration « hygiéniste » a, par exemple, été à l’origine d’expériences urbaines : les cités ouvrières, le phalanstère de Charles Fourier, le familistère de Guise de Godin, la cité-jardin d’Ebenezer Howard, ou encore la charte d’Athènes et la ville fonctionnaliste, portées par Le Corbusier. Pour rappel, à Paris, les grands travaux d’Haussmann (grandes percées, construction de parcs et jardins) visaient aussi à assainir la ville.

Encore peu utilisé en France, l’urbanisme tactique a déjà fait ses preuves dans de nombreuses métropoles mondiales.

Ces dernières ont rapidement réagi pour transformer leur ville dans un contexte de pandémie. Dans son rapport sur les initiatives des villes, l’OCDE prend pour exemple la capitale colombienne Bogota. En effet, celle-ci s’est imposée comme un modèle international de réactivité. Ainsi, dès le 23 mars, la ville a développé en quelques jours 22 kilomètres de pistes cyclables sur les 545 kilomètres déjà aménagés pour décongestionner les transports en commun, et permettre aux habitants d’accéder plus facilement à une mobilité dans le respect des nouvelles normes sanitaires. New-York, Berlin et même Paris ont également adopté l’urbanisme tactique pour transformer rapidement les modes de circulation.

À Paris, certaines rues, dont la célèbre rue de Rivoli, ont été fermée à l’essentiel de la circulation après l’annonce de la fin du confinement. Seuls, les bus, taxis, vélos et autres trottinettes pouvant y circuler sans contrainte. Les bars et les restaurants se sont vus accorder des extensions de terrasses leur permettant de compenser, en partie, les places intérieures supprimées par les règles sanitaires rendues obligatoires dans tous les lieux clos. Des trottoirs ont été élargis pour éviter la concentration humaine et certaines rues sont devenues des voies réservées aux cyclistes. En moins d’une semaine, ville s’est métamorphosée et des clubs de sports ou cinémas ont proposé des séances en plein air. Les habitants se sont réapproprié leurs espaces.

À Montpellier, le Maire a également mis en place des aménagements cyclables provisoires pour faciliter l’accès aux centres hospitaliers et aux CHU aux personnels des hôpitaux et cliniques.

La place des citoyens au cœur des débats

La crise sanitaire remet au cœur des débat la place de la voiture dans les grandes métropoles. L’été 2020 a été une période inédite d’expérimentation où l’ensemble des pratiques urbaines, touristiques, festives, sportives et culturelles ont dû être repensées. Les espaces publics urbains, souvent figés et mono fonctionnels, sont devenus des espaces modulables, partagés par l’ensemble des usagers sur des temporalités variées. Par ailleurs, l’arrivée des habitants des grandes villes dans des villes moyennes, des espaces ruraux ou des stations touristiques s’est parfois traduite par des tensions locales dues au risque de propagation du virus dans des territoires habituellement moins exposés car moins fréquentés. Beaucoup, d’élus locaux ont dû s’adapter et changer de paradigme. À l’Ile de Ré, par exemple, les autorités ont rouvert en urgence un établissement hospitalier pour répondre à l’afflux de population. De même, les sociétés des eaux ou de gestion des déchets ont, en urgence, adapté leurs capacités de production.

Pour les élus et les urbanistes, rendre compatibles les problématiques de santé et le développement durable est devenu un enjeu majeur. En effet, ils doivent conjuguer des besoins évolutifs pour la population : logements plus spacieux, balcon-terrasse ou jardin, qualité architecturale, accès aux espaces publics, sécurité des piétons… Toutes les décisions prises devant contribuer au maintien de la biodiversité, notamment en milieu rural, et à la préservation des sols. Un enjeu majeur apparaît pour les villes : concilier les besoins locaux et concrets de sécurité sanitaire à court terme et les enjeux environnementaux à plus long terme.

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