Les rêveurs ont changé de camp

La fin des énergies fossiles est programmée. L’avènement des énergies renouvelables est en marche. Certes, les investisseurs financent encore largement les premières. Cependant, il est désormais acquis que l’inaction face au risque climatique sera cher payée. « Le rapport Stern  sur l’économie du changement climatique me paraît constituer un marqueur très fort. Pour la première fois, la perte potentielle de PIB liée au risque de réchauffement climatique a été chiffré », analyse Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic.

Le boom des investissements dans les énergies renouvelables

Les investissements mondiaux dans les renouvelables ont explosé. En 2015, ils ont atteint le montant record de 329,3 milliards de dollars, une hausse de 4% par rapport à 2014, alors même que le prix des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) a plongé. La Chine montre l’exemple avec 110,5 milliards d’euros, une progression de +17% par rapport à l’année précédente, devant les Etats Unis avec 56 milliards de dollars (+8% par rapport à 2014)(1). L’année 2016 a été moins favorable avec seulement 287,5 milliards d’euros dans cette économie. Le secteur de l’éolien a su tirer son épingle du jeu avec une hausse remarquable de 40%. Enfin, l’Europe voit ses investissements progresser de 3% pour atteindre 70 milliards de dollars(2).

Le secteur de l’éolien a connu une hausse remarquable de ses investissements de 40%.

Le désengagement des énergies fossiles

Insensiblement, entreprises, investisseurs, régulateurs et gouvernements infléchissent leur stratégie et délaissent les énergies fossiles. « C’est un ancien monde qui meurt. Les climato sceptiques, les lobbyistes ou les industriels qui ne veulent pas s’abandonner les énergies fossiles ne veulent pas croire à la fin de ce monde ancien. Ce sont eux désormais les rêveurs ».

« La transition énergétique est déjà en œuvre. Des entreprises comme Michelin, LVMH ou Danone ont fait leur révolution, analyse Eric Scotto Président de Akui Energy et fondateur de la fondation Akuo. On peut faire du business en alliant ses convictions avec des impératifs de rentabilité économique. L’exemple du groupe Michelin, premier client de la filière hévéicole qui choisit de s’investir dans  l’hévéaculture durable me paraît particulièrement emblématique ».

Pour maîtriser l’impact environnemental de l’hévéaculture sur l’environnement et respecter le principe de non déforestation, le groupe a établi un partenariat avec l’ONG WWF. En parallèle, il a acquis avec le Groupe indonésien Barito Pacific Group, 88.000 hectares de terrain, totalement dévastés en Indonésie, pour y développer une plantation d’hévéas, modèle tant sur le plan environnemental que sociétal. « A l’inverse, les mauvais élèves comme Netflix, Amazon sont pointés du doigt. Des rapports comme le rapport annuel Clicking Clean de Greenpeace sont une source de pression majeure pour ces entreprises », commente Eric Scotto.

  1. BloomBerg, New Energie Finance (BNEF), janvier 2016
  2. BloomBerg, New Energie Finance (BNEF), janvier 2017