Les cliniques privées en quête de taille critique

La France entretient une relation paradoxale vis-à-vis de l’offre hospitalière privée, à la fois libérale et règlementée. En dépit d’un discours qui met en avant l’hôpital public, la possibilité pour les patients de choisir l’établissement qui leur convient est jusqu’ici préservée et les usagers ne se privent pas d’y recourir. L’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) reconnaît d’ailleurs volontiers le rôle indispensable qu’assume le secteur hospitalier privé. Le secteur commercial montre aussi l’exemple en termes de rationalisation. En 20 ans, le secteur a divisé par deux le nombre d’établissements de Médecine, Chirurgie et Obstétrique (MCO). Le public l’a seulement réduit de 12% dans le même temps.

Baisse des tarifs réglementés

Si l’offre reste ainsi libéralement dispensée, le financement du secteur est essentiellement administré. Ainsi, 80 à 90% des revenus des cliniques sont versés par l’assurance maladie sur la base de tarifs règlementés, tendanciellement orientés à la baisse et certaines procédures sont désormais remboursées au niveau de ce qu’elles coûtaient il y a 20 ans. Dans le même temps les charges ne cessent d’augmenter compte-tenu de la sophistication croissante des soins et de la nécessité d’investir dans les technologies de demain.

L’érosion des tarifs de remboursement affecte inévitablement les marges financières des cliniques. En 2014, le chiffre d’affaires total des cliniques à but lucratif s’établissait à 14 milliards d’euros et la rentabilité nette a atteint 3,6% en moyenne. Cependant, plus d’un établissement sur 5 restait déficitaire, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la Santé.

De fondamentaux solides

Les fondamentaux du marché de l’hospitalisation restent porteurs. Vieillissement de la population, amélioration de la couverture et barrières à l’entrée favorisent les acteurs établis. Le remboursement par l’assurance maladie constitue aussi une protection, garantissant visibilité et régularité sur les cash-flows.

Finalement, les cliniques les mieux gérées, capables d’attirer les meilleurs praticiens et d’adresser un bassin de population suffisant, peuvent générer une rentabilité des capitaux propres attrayante. L’effet de taille joue fortement, ce qui pousse à la concentration des établissements. Les grands groupes sont, en outre, mieux armés dans le rapport de force face aux agences régionales de santé. Cela explique que les cliniques indépendantes soient aujourd’hui minoritaires.

Des perspectives de développement

Les établissements les plus entreprenants cherchent également à se diversifier en se développant à l’échelle européenne. Ils se positionnent sur les créneaux de l’hospitalisation ambulatoire et des établissements de Soins de Suite et de Réadaptation (SSR), soumis à des réglementations et à des instances de régulations différentes que le MCO. Dans la plupart des cas, ils génèrent une rentabilité supérieure.

Enfin, une nouvelle typologie d’actionnaires se dessine pour porter des projets de long terme. La revente par Blackstone du groupe Vitalia à son concurrent Vedici (sans plus-value après près de 12 ans de détention) témoigne que l’équation financière n’est pas toujours évidente. La relève est désormais davantage assurée par des actionnaires industriels, rompus aux exigences du secteur et capables de mettre en œuvre un projet de développement de longue haleine.

Le saviez-vous ?

57% des interventions chirurgicales ayant lieu en France se déroulent dans l’une des quelque mille cliniques privées en activité. 8,5 millions de patients y sont pris en charge chaque année, dont 2,3 millions de passages dans l’un des 130 services d’urgences, et un accouchement sur 4.

Source : FHP