Les 6 questions qu’un philanthrope doit se poser avant de s’engager dans un projet philanthropique

Un projet philanthropique se construit comme une quête multidimensionnelle, avec de nombreux paramètres à évaluer. Ces différents paramètres vont nous guider pour prendre les bonnes décisions et optimiser leurs résultats. Voici les 6 principales questions à se poser avant d’aborder un projet philanthropique.

Les 6 questions qu’un philanthrope doit se poser avant de s’engager dans un projet philanthropique

1. Quel est l’objet du projet ?

Stéphanie Gerschtein : Pour commencer, il est déterminant de définir si ce projet participe à l’intérêt général. Dans quel but, pour quelles raisons mettre en œuvre ce projet ?… Puis, il est conseillé d’établir un benchmark des propositions déjà existantes pour des projets équivalents. Le cas échéant, quelles sont les actions, les réalisations déjà déployées dans le domaine choisi et avec quelles structures ?

2. Quel investissement personnel avoir dans ce projet ?

SG : La question porte souvent sur le dilemme « faire et/ou financer ? » Soit on crée, soit on participe, soit on soutient. Cependant, on ne va pas réfléchir de la même manière si l’on a beaucoup de temps, d’énergie à consacrer ou si l’on en a peu. Il est important d’anticiper à moyen et long terme et de penser à une organisation évolutive.

L’évaluation du temps disponible permettra de paramétrer les contours du projet et guidera le choix de la structure : par exemple, un philanthrope qui veut gérer son projet tout seul de A à Z se sentira plus à l’aise avec un fonds de dotation. À contrario, un philanthrope souhaitant être accompagné privilégiera une fondation abritée.

3. Si je décide de créer ma structure, quelle sera la forme la plus adaptée ?

SG : La réflexion portera d’abord sur la nature de la structure à créer. Est-ce que je crée une association, un fonds de dotation, une fondation abritée ou une fondation d’utilité publique ? Cela entraînera alors de nouvelles questions. Qui participe au projet ? Moi tout seul ou avec ma famille ? Mon entreprise avec tout ou partie des salariés ?

Cette phase de réflexion est parfois le moment idéal pour le philanthrope de voir si ses enfants ou ses proches ont envie de s’impliquer concrètement dans le projet. Puis, il est très important de définir les contours précis du projet philanthropique. Quelle sera la gouvernance de la structure ? Comment s’inscrit mon projet dans le temps ? Est-ce un projet contemporain ou un projet de legs ? Quelle destination je choisis de donner à une partie de mon patrimoine après ma disparition ?

4. Comment insérer cette réflexion dans l’organisation patrimoniale globale ?

SG : Il est important de penser, avant le lancement du projet philanthropique, aux volets juridiques et fiscaux. Sur les aspects patrimoniaux, et sur les aspects juridiques, il faut être pertinent dans son organisation et dans l’approche structurelle du projet. Souvent, la fiscalité permettra de faire mieux et de faire plus. En France, d’un point de vue juridique on ne peut pas disposer librement de l’ensemble de son patrimoine (règles de réserves héréditaires). Il est important de pouvoir s’engager en toute sécurité.

5. Quelles sont mes ressources disponibles, présentes et futures, en fonction du projet ?

SG : Cette question impliquera de réaliser un plan de financement établi pour une période de 3 à 5 ans. Pour cela, il existe deux approches. La première consiste à partir du montant que l’on souhaite allouer au projet puis à le répartir. La seconde consiste à identifier et à évaluer les besoins propres au projet puis d’en déduire le montant définitif. La consomptibilité de la dotation devra également être envisagée.

6. S'entourer de bons conseils

SG : Gage de la réussite d’un projet philanthropique, les conseils recueillis auprès de personnes déjà expérimentées vont avoir un impact positif et contribuer à son succès. Ils doivent pouvoir accompagner la définition du projet, son périmètre, le choix de la structure, la manière dont seront appréhendées les ressources, la gestion des actifs. Ils doivent aussi pouvoir aider à la mise en contact avec les experts spécialisés (avocats, experts comptables…) ou d’autres contacts clefs. Ils guideront le philanthrope pour lui permettre d’élaborer son projet avec une vision à 360 degrés. Ceux qui ont des projets définis vont travailler sur la structure adéquate, ceux dont le projet n’a pas encore atteint sa maturité vont plutôt employer la maïeutique. Lancer un projet philanthropique, c’est avant tout se poser les bonnes questions et choisir les bons interlocuteurs.