Le financement des AMM met en œuvre une expertise bancaire spécifique
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Comment rester indépendant ?

Le financement des AMM met en œuvre une expertise bancaire spécifique

Source de revenus récurrents, le rachat d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) d’un médicament existant, peut offrir une opportunité de développement. La demande est réelle pour les laboratoires indépendants à la recherche de traitements scientifiquement éprouvés et susceptibles de générer des synergies par rapport à leur positionnement commercial. L’analyse de Germain Pouillard, Head of Healthcare Sector, Banque Neuflize OBC.

L’AMM délivrée par les autorités de santé à un laboratoire pharmaceutique peut être cédée à un autre exploitant.

Les AMM les plus prisées concernent des médicaments de niche.

Le marché des AMM est étroit, mais nombre d’AMM dormantes ne demandent qu’à être réveillées.

L’obtention d’une Autorisation de Mise sur le Marché fait souvent suite à des années de recherche et développement. Quels sont les motifs qui peuvent conduire un laboratoire à céder une AMM ?

Germain Pouillard : La loi permet au titulaire d’une Autorisation de Mise sur le Marché d’un médicament (AMM) de la céder. De nombreux motifs stratégiques peuvent amener un exploitant à céder une AMM. Parmi eux, la rationalisation du portefeuille en privilégiant certaines spécialités aux dépens d’autres domaines thérapeutiques, une fusion-acquisition entraînant des doublons de produits, une cession de traitements de second rang pour une « big pharma  »… Il s’agit le plus souvent de médicaments anciens, qui ont en général une AMM, éligibles ou non au remboursement, médicaments éthiques ou OTC, rarement génériqués.

Existe-t-il un profil-type d’acquéreur ?

GP : Ces AMM peuvent receler un véritable intérêt pour les laboratoires pharmaceutiques indépendants. Ces acquéreurs sont principalement  des entreprises indépendantes, à capitaux familiaux depuis  plusieurs générations, et présentant d’excellents fondamentaux financiers. Elles se montrent intéressées par des médicaments de niche réalisant quelques millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et dont l’ancienneté de leur dossier minore le risque de cas de pharmacovigilance.

Quel intérêt stratégique à la reprise d’une AMM existante ?

GP : Une AMM mature existante offrira une bonne visibilité en matière de revenus futurs et peut être exploitée avec une structure relativement légère permettant une bonne maîtrise des coûts. Seront les plus recherchés les produits délaissés par les grands laboratoires pharmaceutiques, éventuellement en raison de marges jugées insuffisantes pour un groupe, et dont les volumes sont trop faibles pour intéresser les « génériqueurs ». Comme nous le montre maintenant notre expérience de ce type de transaction, le changement d’exploitant de l’AMM n’a pas d’incidence négative sur les ventes des spécialités concernées. Il existe en général plutôt un upside car plusieurs leviers permettent d’améliorer les ventes et la rentabilité : forme galénique, politique de promotion, changement ou renégociation avec les façonniers, développement de l’export.

Quelles formes prend ce transfert ?

GP : L’opération revêt la forme d’une demande de transfert pur et simple de l’AMM aux autorités de santé avec pour seul changement celui du nom du laboratoire exploitant. Il peut arriver que par la suite l’acquéreur souhaite modifier sa forme galénique, sa présentation, ou bien cherche à décliner l’AMM vers  de nouveaux marchés notamment en Afrique, au Maghreb ou en Asie.

Du côté de la banque, les critères d’appréciation de la faisabilité du financement sont la qualité du dossier, y compris les travaux de mise à jour éventuels de la notice, le Service Médical Rendu qui conditionne le risque de déremboursement et le rang du produit sur son marché. L’analyse est facilitée car il s’agit de la reprise d’une activité existante qui s’apparente plus à un spin-off qu’à une croissance externe. Néanmoins, le profil de l’acquéreur, son degré d’expérience et la complémentarité avec son portefeuille existant sont déterminants.

Le rachat d’une AMM peut représenter un investissement équivalent à plusieurs années de chiffre d’affaires. Le financement bancaire est donc une solution pertinente pour absorber l’opération dans la durée.

Comment se finance l’opération ?

GP : L’opération peut faire l’objet d’un financement bancaire mais peu d’établissements sont expert de ce marché de niche. Le financement peut s’étaler sur une durée pouvant atteindre 5 ans, avec la possibilité de différer l’amortissement du capital le temps que le transfert soit effectif au plan  règlementaire.

Au-delà de l’AMM proprement dite, la Banque peut offrir de couvrir le relais de TVA et le stock, souvent plusieurs mois de ventes d’avance. Au-total, l’investissement peut représenter plusieurs années de chiffre d’affaires. Le recours à un financement bien pensé est donc intéressant même pour un laboratoire aux finances bien garnies.

Comment se porte le marché des AMM aujourd’hui ?

GP : Fondamentalement le marché pharmaceutique reste attrayant en raison du vieillissement de la population et l’amélioration de la couverture maladie. Si la croissance des ventes dans les marchés développés a certes ralenti, l’exploitation d’un médicament permet généralement d’assurer un flux stable de cash-flow. C’est un élément facilitateur dans la mise en place du montage financier, alors que les prix tendent à augmenter sous l’effet d’une vive demande de la part des indépendants à la recherche d’opportunités de compléter leur portefeuille.

Le marché a indéniablement ralenti en raison des prix. Il reste toutefois un grand nombre d’AMM dormantes notamment parmi les actifs inexploités des grands laboratoires. Le flux d’affaires est donc loin d’être tari.

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