Le crowdfunding gagne le cinéma

Le succès du financement collaboratif n’a pas épargné le secteur du cinéma. Dès ses débuts, comme dans l’ensemble des secteurs de l’industrie de la culture, les internautes se sont mobilisés pour le 7e art. Ce mode de financement constitue aujourd’hui un levier reconnu et adoubé par le secteur.

Un secteur assez concentré

En France, 5 acteurs majeurs se partagent le financement participatif de l’audiovisuel. Touscoprod, créé en 2009, a enregistré très vite de très belles levées de fonds. À titre d’exemple en 2013, la comédienne Michèle Laroque a ainsi collecté 400 000 euros pour son projet de film « Jeux dangereux ». Si, en juin 2015, son scénario a été dévoilé, ce projet semble actuellement à l’arrêt.

KissKissBankBank, créé en 2009 également, est à l’origine de la production de 540 films longs, courts métrages ou documentaires d’après sa dernière étude d’impact en 2016. Autre géant du secteur, Ulule, créé en 2010, a consolidé son activité longs métrages avec l’acquisition en 2013 de la plateforme Peopleforcinema. Cet intervenant du secteur, l’un des pionniers du cinéma participatif, avait réussi de belles levées de fonds entre 2010 et 2012 pour une quarantaine de films tels que « Polisse » ou « Les Infidèles ». Arrivé plus récemment dans le paysage, Movies Angels s’est d’emblée positionné sur les longs métrages, avec des films comme « Thérèse Desqueyroux » de Claude Miller, en adoptant le modèle de l’equityfunding*.

Plusieurs modèles de financement

L’économie collaborative intervient parfois pour boucler le budget d’un film. Tel a été le choix, en 2014, d’Elie Chouraqui pour son film « L’Origine de la Violence ». À son budget de 3 millions d’euros, en partie assuré par des producteurs allemands, il manquait 250 000 euros. Ils ont été financés en crowdequity* sur la plateforme Movies Angels. Ce fut aussi le cas de « Demain », de Mélanie Laurent et Cyril Dion qui ont récolté 450 000 euros. Le film connut un vrai succès en salle et décrocha le César du film documentaire en 2016.

Des projets variés

Le financement participatif gagne d’autres pans de l’industrie du film. Celluloid Angel permet, ainsi, aux internautes d’investir dans la sauvegarde du patrimoine culturel français. La plateforme est entièrement dédiée à la restauration des films français. À l’automne dernier, la plateforme a mobilisé 150 internautes et réuni 16 000 euros pour la restauration de « La belle Marinière » de 1932, avec Jean Gabin et Madeleine Renaud. Le film avait disparu dans les années 30 après l’incendie du studio de stockage des négatifs. Une copie oubliée a ressurgi en 2004 à Los Angeles.

Plus généralement, l’ensemble de l’univers audiovisuel profite de l’essor du financement participatif. En octobre 2015, « Hero Corp » une série TV, a enregistré une des plus grosses levées de fonds sur Ulule avec 287 000 euros, pour financer ainsi sa 5e saison. La web TV enregistre également de très belles performances dans sa collecte.

Quel avenir pour le crowdfunding ?

En 2014, la plateforme participative KissKissBankBank a levé 444 390 euros de crowdfunding, auprès de plus de 10 000 internautes donateurs. Ces montants élevés ne reflètent toutefois pas la réalité du secteur. En effet, la collecte moyenne s’élève à 10 000 euros, niveau plus adapté à la réalisation d’un court métrage, qu’à celle d’un long métrage. En effet, le crowdfunding est plus le fait de passionnés de cinéma que d’investisseurs à la recherche de projets. Dans ce paysage, « Demain » reste une exception réussie sans doute parce que son financement se situe à la lisière de l’action philanthropique en raison de son sujet. Si le crowdfunding fait beaucoup parler de lui, l’industrie du cinéma bénéficie plus des fonds de private equity et fonds d’investissements, qui restent d’efficaces leviers pour apporter du cash dans le cinéma, que de l’argent apporté par le crowdfunding.

*Crowdequity ou equityfunding : financement par la prise de participation en capital. Cette forme de financement participatif se distingue du financement par le don et par le prêt.