L’art est-il « robot compatible » ?

La création artistique semblait épargnée par la robotisation. Pourtant, l’Intelligence Artificielle (IA) est déjà capable de rédiger des scénarios, des livres ou de composer de la musique. L’entrepreneur milliardaire américain Andrew Conru en a fait le pari. En avril 2017, il a lancé RobotArt, le premier concours d’art robotique dont les 100 000 dollars de récompense ont été répartis entre les IArtistes. Les initiatives du secteur tendant à repousser les frontières entre machines et hommes se multiplient.

Les premiers pas de l’Intelligence Artificielle dans l’art

La création d’œuvres d’art par des programmes informatiques se répand même s’il concerne surtout le domaine de l’imitation. Ainsi, le programme Deep Art permet de transformer n’importe quelle photographie en une œuvre dans plus de 40 styles différents (Munch, Picasso, Van Gogh…). À l’inverse, CycleGAN, créé par des chercheurs de l’Université de Berkeley, transforme des tableaux de peintres célèbres en photos.

Toutefois, certains programmes vont encore plus loin. Des chercheurs de Microsoft, en association avec l’université de Delft aux Pays-Bas et deux musées néerlandais ont tenté de créer un nouveau Rembrandt à partir de rien. Pour ce faire, l’intelligence artificielle a analysé plus de 300 tableaux de l’artiste à l’aide d’un algorithme. Après 500 heures de calcul, l’ordinateur a conçu un portrait qui aurait pu être imaginé par le maître hollandais.

Créé par Google, DeepDream, un réseau de neurones artificiels, construit des images relevant de l’art psychédélique et du surréalisme à partir d’une photo. Il a donné naissance au mouvement de l’inceptionisme, en référence au film Inception réalisé en 2010 par Christopher Nolan.

27 œuvres du mouvement inceptioniste ont été exposées à San Francisco en février 2017 à la fondation Gray Area.

Des évènements dédiés marquent l’accélération du mouvement

La donnée numérique devient désormais un matériau de création comme un autre d’art contemporain. Le Data Art a pour objectif la création de formes esthétiques à partir de masses de données. Le Data Artiste relie une base de données à une installation, à l’image de l’artiste français Maurice Benayoun et son œuvre Brain Factory Prototype, qui utilise les données fournies par l’activité du cerveau pour produire de l’art de manière aléatoire.

La 8ème Conférence Internationale sur la Créativité Computationnelle (ICCC) s’est tenue à Atlanta du 20 au 22 juin 2017. Lors de cet évènement des chercheurs de l’université de Rutgers dans le New Jersey ont réussi à créer une œuvre à partir du « CAN » (Creative Adversarial Network), un nouvel algorithme qui génère non seulement des images artistiques mais surtout hors de tout courant artistique connu.

La toile réalisée par un robot pourra-t-elle égaler la valeur de La Joconde ? Le marché n’est pas encore florissant. 27 œuvres du mouvement inceptioniste ont été exposées à San Francisco en février à la fondation Gray Area et vendues lors d’une soirée caritative. La plus chère a atteint 8 000 dollars.

Quel avenir ?

Si l’on considère l’Intelligence Artificielle appliquée au robot comme une artiste, sa créativité n’égale pas encore la créativité humaine. Pour l’heure, le robot constitue un outil ou un matériau, certes plus sophistiqué qu’un pinceau. Les limites de la « créativité artificielle » résident dans le manque de données fournies au robot : le monde réel est le plus grand ensemble de données. Un jour, peut-être, Picasso à qui l’on attribue cette citation, sera contredit : « Les ordinateurs sont inutiles. Ils ne savent que donner des réponses ».

Le saviez-vous ?

La première expérimentation d’art informatique remonte à 1973 avec le développement du robot Aaron, muni de bras qui dessinent et peignent. Son inventeur, l’artiste britannique, Harold Cohen, lui soumet un ensemble d’informations et Aaron choisit ce qu’il en fait pour aboutir à une peinture, abstraite ou figurative.