agriculture en ville

L’agriculture s’invite en ville

La crise sanitaire a démontré l’intérêt des fermes urbaines dans les grandes villes. En effet, elles sont plus de 400 à avoir vu le jour en France. « Paris est une ferme ! », pourrait s’exclamer un jeune Hemingway, projeté dans la ville lumière en 2020. Avec sa dizaine de fermes urbaines, à Paris ou en proche banlieue, la Capitale affiche clairement ses ambitions : devenir une référence mondiale en matière d’agriculture urbaine et durable.

La plus grande ferme urbaine est en France

Depuis avril 2020, la Capitale s’enorgueillit d’accueillir la plus grande ferme urbaine du monde. Ainsi, une exploitation de 14 000 mètres carrés surplombe le pavillon 6 du Parc des expositions de la Porte de Versailles. Plus d’une trentaine d’espèces y pousse et un millier de fruits ou légumes y sont cultivés chaque jour par de nombreux maraîchers. En plus de la vente en circuit court des produits aux distributeurs et aux hôtels-restaurants partenaires situés au pied du Parc, la ferme XXL souhaite proposer à la location 140 mini-jardins où les Parisiens pourront, dès la fin des mesures sanitaires, cultiver leur propre potager. Au-delà de sa production, la ferme veut être l’épicentre de multiples activités autour de l’agriculture avec notamment l’organisation d’ateliers de découvertes et de dégustations. Une véritable pierre angulaire au verdissement de la ville.

Des points de verdure dans les villes

Les fermes urbaines ne sont pas un simple délire de bobos en mal de verdure et 400 projets ont progressivement vu le jour en France, ces cinq dernières années. Cette tendance mondiale émerge dans les grandes villes en manque de verdure. En effet, on trouve de nombreux modèles comparables à Montréal ou à San Francisco, par exemple. À Paris, le long de l’ancienne Petite Ceinture du 19e arrondissement, la « Ferme du Rail » a ainsi vu le jour à la place d’une ancienne casse automobile. Cette première ferme de polyculture et d’insertion comprend un centre d’hébergement en bois pour les personnes en réinsertion ou pour les étudiants et un espace de polyculture avec serre maraîchère. On y trouve aussi un restaurant baptisé le « Passage à Niveau ». Celui-ci produit sur place ses propres aromates et il devrait bientôt être autonome en salades et légumes. Par ailleurs, pour participer au système d’aquaponie prévu à la ferme, un deuxième bassin accueillera bientôt des poissons.

À la campagne, les agriculteurs peinent à vivre de leur production concurrencée par les pays du sud, Espagne ou Maghreb. Dans ce contexte, les fermes urbaines se présentent comme une alternative sérieuse en proposant des produits en circuit-court à une clientèle en quête d’une alimentaire plus équilibrée et plus saine. Un besoin exacerbé par la récente crise sanitaire liée au coronavirus. En effet, cette dernière a mis l’accent sur la dépendance alimentaire des grandes agglomérations et pour consommer local sans vivre à la campagne certains ont pris le parti de faire venir les cultures à la ville. Ces pionniers de l’agriculture de centre-ville n’ont pas vraiment le profil des joyeux beatniks des années 70, mais plutôt celui de jeunes entrepreneurs, issu des meilleures écoles d’ingénieurs, d’agro ou de commerce. Ces jeunes entreprises répondent aux noms évocateurs de « Agricool », « Infarm », « Agripolis » ou encore « Peas & Love ». Elles s’inspirent beaucoup des immenses fermes urbaines développées aux États-Unis ou au Canada, pionnier en la matière avec plus de 5 hectares de plantations commerciales et plus de 120 hectares de potagers sociaux (jardins associatifs ou collectifs).

Des start-up high-tech pour verdir les villes

Ces nouvelles entreprises proposent aux particuliers et aux professionnels d’installer des zones de culture d’un genre nouveau en zone urbaine ou péri-urbaine. Les fruits et légumes cultivés en fermes urbaines peuvent pousser de différentes manières : en conteneurs, sur des toits ou dans des vitrines réfrigérées verticales. Ces nouveaux modèles attirent à la fois l’intérêt des habitants et les investisseurs. « Agricool », par exemple, a levé plus de 30 millions d’euros, notamment venus de Bpifrance et du fonds Danone Manifesto Ventures. Les process utilisés se veulent à la fois high-tech et écologiques. Ainsi, dans la « Ferme Urbaine Lyonnaise », développée par la start-up « FUL » avec l’Institut national des sciences appliquées (Insa), les plants sont disposés sur des chariots à étage, alimentés en eau et en nutriments par un mécanisme sophistiqué de tuyaux. Ils sont également arrosés de lumière artificielle par un système d’éclairage LED, capable de reproduire le spectre lumineux du soleil. Les rendements annuels y seraient 54 fois supérieurs à une culture en serre pour le basilic et jusqu’à 137 fois supérieur pour la coriandre.

Des fermes urbaines sur le toit des entreprises

Non contente de séduire les élus des grandes villes, ces jeunes pousses ont aussi trouvé les arguments pour convaincre les entreprises. La start-Up allemande « Infarm », présente en Allemagne, au Danemark, en France, au Luxembourg et aux États-Unis, propose à ses clients d’intégrer directement des unités de culture au sein de leurs lieux de travail. En France, elle travaille notamment avec l’enseigne Métro, fournisseur de matières premières pour les professionnels des métiers de bouche. En novembre 2018, Métro a intégré dans son entrepôt de Nanterre dix-huit potagers en verre sur une surface de 80 mètres carrés séduit par des produits de qualités vendus entre 10 à 15% plus cher que leur équivalent en référence classique. Plusieurs restaurateurs ont d’ores et déjà été séduits par ces produits dont Guillaume Gomez, Meilleur Ouvrier de France, et chef des cuisines de l’Élysée. Tout autre exemple, sur le toit du siège social de Sodexo, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), poussent également des fruits et des légumes. Un prestataire entretient la production de produits de saison. L’entreprise souhaite avant tout « stimuler durablement l’implication et le bien-être de ses employés ».

Les fermes urbaines cherchent encore leur modèle économique

« Les fermes urbaines tâtonnent, elles cherchent leur modèle économique. Leur essor montre néanmoins ce désir qu’ont les urbains de voir du vert et de privilégier les circuits courts. Cette filière, encore naissante, a besoin de soutien tant au niveau des modèles économiques, des besoins en service conseil adapté et d’une meilleure adéquation entre les programmes et soutien gouvernementaux et leur activité », observe Xavier Hollandts, professeur associé à Kedge Business School et spécialiste des questions agricoles. « Il peut être très pertinent de cultiver en ville tous ces aliments qui nécessitent un environnement contrôlé, en ‘indoor’ », estime, quant à elle, Christine Aubry, directrice de recherche agriculture urbaine à AgroParisTech. La lavande pour les cosmétiques ou les herbes aromatiques, comme le basilic et la coriandre, sont de ceux-là. Les fermes urbaines ne remplaceront surement jamais les champs de nos campagnes mais elles n’ont pas fini de verdir dans les grandes villes.

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