secteur culture crise sanitaire

La culture, piquée au virus du digital

22,3 milliards : un chiffre susceptible de donner le tournis. Il s’agit du montant des pertes estimées pour le secteur de la Culture depuis le début de la crise sanitaire liée au Coronavirus. De quoi obliger tous ses acteurs à se réinventer.

Une révolution culturelle en marche

Dans une enquête réalisée au mois de mai et rendue publique le mercredi 1er juillet, le Département des Études de la Prospective et des Statistiques (DEPS) a mesuré l’impact de la crise sur le secteur culturel : 46% des employés ont eu recours au chômage partiel et la baisse de l’activité est évaluée à 25% par rapport à 2019, soit une perte de 22,3 milliards d’euros. Sans surprise, les secteurs reposant sur la présence physique des consommateurs sont les plus touchés. C’est le cas, notamment, du spectacle vivant dont la baisse du chiffre d’affaires est estimée à 58%, mais également de la musique (-34%), du patrimoine et des musées (-36%) et des arts visuels (-31%). Pour réduire les impacts d’une catastrophe déjà perceptible pour l’ensemble du secteur, le Gouvernement a mis en place un plan de soutien ambitieux. Cependant, au-delà de ces mesures d’accompagnement forcément insuffisantes, les acteurs de la culture doivent désormais faire face à une véritable « révolution culturelle ».

Explosion d’un modèle « culturel numérique »

Dans un contexte de pandémie, et pendant le confinement imposé, de nouveaux modèles de consommation se sont révélés, marqués par l’explosion du « culturel numérique ». La « culture chez soi » a été très vite soutenue par l’utilisation de ressources numériques : sites Internet et réseaux sociaux. Des visites virtuelles d’expositions, des films en streaming, des jeux en réseaux, des coloriages à imprimer, des podcasts à écouter, des quizz interactifs… de nombreux Français ont singulièrement modifié leurs habitudes et le confinement a démontré qu’ils n’ont jamais été aussi avides de culture. 250 artistes amis de La Colline ont par exemple offert au téléphone plus de 6000 lectures de poésie, de théâtre, de littérature ou de musique. L’art, et la culture sous toutes ses formes, sont devenus indispensables à la vie confinée, en aidant nos concitoyens à mieux supporter la contrainte de « l’enfermement ». Pour preuve, selon une étude de l’Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet) réalisée sur la consommation des biens culturels dématérialisés en période de confinement, après six semaines de confinement, 85% des internautes interrogés avaient consommé au moins un bien culturel sur les neuf proposés dans le sondage.

Pour répondre à cette soif de culture, les institutions se sont donc adaptées, avec le devoir de prise en compte de la rémunération des artistes. En effet, la crise de la Covid-19 a accéléré la numérisation des pratiques culturelles d’une population privée de sorties, créant un espace inédit d’expérimentation, de production, de partage et de consommation de contenus numériques dans lequel tout le monde s’est engouffré. L’industrie culturelle, bien entendu, mais aussi les protagonistes de la culture subventionnée, les artistes connus ou reconnus et les amateurs. Cependant, tout le monde en a conscience, pour que ces nouveaux dispositifs mis en œuvre n’apparaissent pas comme de simples gadgets, certes amusants mais faisant passer l’exposition ou la représentation au second plan, il est nécessaire de penser l’introduction de nouveaux services numériques dans un ensemble cohérent, dans une démarche orientée publics, sans frontière entre la visite in-situ et la visite virtuelle d’une institution.
Ce que dans le marketing on appelle une expérience « sans couture ».

Une adaptation des contenus culturels

Cette démarche se fera également par l’adaptation du fond et de la forme des contenus à la diversité de leurs publics et par l’utilisation de l’ensemble des canaux et supports à leur disposition. Cela favorisera aussi le développement de vraies synergies des différents acteurs pour parvenir à mettre en place une offre à la fois originale et cohérente. La digitalisation de la culture n’est plus une option. En effet, le secteur va être impacté durablement par les problématiques sanitaires. Une étude de l’agence « L’œil du public », réalisé du 1er au 5 juin 2020 confirme cette réticence du public à retourner dans des lieux largement fréquentés. Sur 1 250 personnes représentatives de la population française, 47% prévoient de réduire le nombre de sorties culturelles « tant que la crise sanitaire ne sera pas finie ». Cela va obliger certains secteurs à se réinventer structurellement.

Pendant le confinement, sur les réseaux sociaux, certains musées ont fait preuve d’originalité. L’initiative la plus connue est celle du Musée Getty de Los Angeles qui à défaut de pouvoir accueillir son public, a donné accès un certain nombre de ses œuvres en ligne. Ses équipes ont mis au défi les amateurs d’art de reproduire les œuvres les plus célèbres, avec des objets disponibles chez eux pour ensuite poster leurs photos sur les réseaux sociaux. Succès garanti.

La Réunion des musées nationaux-Grand Palais a remplacé toutes les expositions prévues pour les remplacer par l’initiative « Culture chez nous » lancée par le Ministère de la Culture. Au programme, des coloriages, puzzles, jeux vidéo en pixel art, quiz, ou des vidéos YouTube qui déconstruisent les clichés de l’art et des MOOC pour découvrir les expos sous un aitre angle.

De leur coté, les créateurs et marques de mode doivent faire face aux mesures de distanciation sociale prises par les différents gouvernements à travers le monde et la fermeture des frontières. Ainsi les différentes Fashion Weeks se sont tenues en version numérique en juin et juillet dernier. Un véritable bouleversement pour certains, mais une aubaine pour le public qui a pu assister (virtuellement) à une multitude de shows lors de ces sessions extraordinaires.

Pour Christophe Cousin, le fondateur de l’agence évènementielle WinWin spécialisée dans les grands évènements, « notre transformation passera par la refonte de nos outils et de nos process avec une accélération de notre digitalisation à travers cette question : quelles techniques et quels contenus savons-nous aujourd’hui mobiliser pour créer de l’émotion différemment ? De nombreuses solutions se trouvent à notre disposition : captations, lives, e-événements, podcasts, vidéos, nouvelles plateformes d’interaction, réalité augmentée et virtuelle, dispositifs haptiques reconstituant la sensation de toucher, expériences phygitales mêlant digital et expérience physique… sans oublier une attention à notre approche éditoriale pour que le storytelling de nos événements soit adapté à ces nouveaux formats. Plus que jamais l’art et la culture doivent sublimer le geste créateur. Raison de plus pour sortir des sentiers battus en dépassant les cadres. ». Les acteurs de la culture ne doivent pas avoir peur d’innover, d’oser, de tester, d’expérimenter, de rater, recommencer. N’est-ce pas cela finalement la création ?

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