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La crise sanitaire révèle un nouveau paradigme pour la santé

En quelques semaines, la crise sanitaire a remis en cause quelques-unes de nos certitudes les plus ancrées. Le système de santé Français s’affichait comme un des meilleurs au monde, mais il a été mis à mal. Manque cruel de masques ou de respirateurs, désorganisation des services hospitaliers, gestion erratique des effectifs… le Coronavirus a affaibli notre système de santé, l’obligeant à se réinventer pour être à la hauteur des enjeux à venir.

Un système de santé fragilisé

Selon l’OCDE, malgré les dépenses engagées par la France pour soutenir sa politique de santé publique, le pays ne propose pas un système optimal à ses concitoyens. Quand on compare la performance hexagonale à 25 autres pays de l’Organisation, la France arrive en treizième position, loin derrière la Norvège, première du classement. Les critères de notation intègre la qualité des soins, les remboursements, l’accessibilité géographique, la prise en charge des patients, la prévention… La déception liée à ce classement est accentuée par le niveau de dépenses publiques engagé chaque année par la France (11,3% de son Produit Intérieur Brut).

Les nombreuses fragilités constatées ont mis en exergue l’inefficacité du système et la crise marque peut-être le début d’un sursaut. En effet, en France, les grandes réformes du système de santé ont souvent suivi des crises majeures. Le Sida, la crise de la transfusion sanguine, la vache folle… ont permis de grandes avancées dans l’amélioration du système de soin et dans la prévention.

Le Ségur de la santé pour tracer la voie

Le sursaut a commencé avec le « Ségur de la santé », animé par Nicole Notat et porté par le Ministère des Solidarités et de la Santé. La consultation des principaux acteurs du système de soin français s’est déroulée du 25 mai au 10 juillet 2020 pour aboutir à un accord signé par Jean Castex et Olivier Véran le 13 juillet.

Une charte « engagé pour la e-santé » en forme de plan de bataille a suivi les conclusions rendues par le Gouvernement. Celui-ci s’étant engagé à injecter 2 milliards d’euros pour le développement de la santé numérique. On estime le potentiel de ce marché à 22 milliards d’euros* et selon le communiqué officiel, le budget alloué doit permettre de « donner un coup d’accélérateur sans précédent pour rattraper le retard pris dans la modernisation, l’interopérabilité, la réversibilité, la convergence et la sécurité des systèmes d’information en santé ».

La télé-santé apparaît comme un axe de développement prioritaire. Avant la crise, moins de 10% des médecins pratiquait les consultations distance. Deux mois plus tard, plus de 30% d’entre eux propose des téléconsultations à leurs patients. Fin avril, le nombre de téléconsultations quotidiennes enregistré sur le site Internet Doctolib (leader Français de la consultation en ligne) est passé de 1000 à 100.000.

La charte liste d’autres axes de travail prometteurs. Parmi eux, les solutions numériques d’e-santé permettant l’interopérabilité des systèmes d’information, la connexion des dispositifs, le développement de l’Intelligence Artificielle (IA) ou du Big Data. Dans ce secteur en pleine mutation, les opportunités de collaboration entre grandes entreprises et start-up s’avèrent nombreuses.

Les français champions de la healthtech

235 industriels des secteurs sanitaires, médico-social et social se sont joints au projet. Ils se sont engagés à travailler sur les sujets les plus importants, à collaborer avec les services publics et à partager leurs recherches.

Avec plus de 1700 entreprises, la France possède le deuxième écosystème le plus dynamique, après l’Angleterre, en Europe dans la « Health Tech » (les biotech, les medtech, la e-santé). C’est un des plus gros pourvoyeurs d’innovations et de start-up dans le domaine du médical. Les 120 pépites identifiées par le « French Tech 120 » bénéficient d’un programme d’accompagnement sur-mesure pour favoriser leur croissance. 50% d’entre elles appartiennent à la « Health Tech », soit le premier domaine représenté.

Certaines start-up trouvent dans l’e-santé, un axe de diversification prometteur et profitent d’opportunités de développement. Withings, par exemple, fabricant d’objets de santé connectés vient de boucler un nouveau tour de table pour une levée de fonds de 53 millions d’euros, la première depuis son rachat par son fondateur à Nokia. Celle-ci permettra de financer son développement aux États-Unis et de concevoir de nouveaux objets médicaux non invasifs, comme des montres, dotés d’algorithmes plus poussés.

La start-up lilloise Mon Qualiticien développe, quant à elle, un logiciel de gestion à destination des établissements de soin. Celui-ci vise à proposer des outils digitaux de reporting pour améliorer la qualité des prestations proposées. 80% de ses clients sont des Ehpad (Établissements d’Hébergement pour Personnes âgées Dépendantes), particulièrement touchés pendant par la crise sanitaire.

Docaposte, filiale de La Poste, a investi au capital de la société « Nouveal e-santé », start-up française spécialisée dans la numérisation du parcours médical et les solutions de suivi des soins. Un secteur stratégique car, comme le rappelle l’Institut Montaigne, « l’utilisation responsable des données de santé est un préalable pour garantir la confiance des utilisateurs dans ces solutions numériques, qui s’appliquent dans des domaines variés comme la prévention, le maintien à domicile, le suivi d’une maladie chronique à distance les dossiers médicaux électroniques ainsi que les applications mobiles. »

Un certain assouplissement de la réglementation

La crise a ouvert la possibilité d’un certain assouplissement, notamment les contraintes de mises sur le marché. En effet, le secteur très réglementé a longtemps suscité la frilosité des investisseurs. Dans le contexte de pandémie, il est désormais au centre de l’attention des fonds d’investissement. En début d’année, il avait fait l’objet de grosses opérations comme la levée de fonds de 22,2 millions de Owkin, spécialisée dans l’analyse de data médicale. Par ailleurs, Alan, la plateforme de complémentaire santé a réussi à gagner la confiance des investisseurs étrangers, comme le fonds singapourien Temasek, au mois d’avril dernier en levant 50 millions d’euros.

D’ici 2030, d’après une étude France Biotech et BCG, les Health Tech françaises pourraient générer un chiffre d’affaires annuel de 40 milliards d’euros et 130.000 emplois supplémentaires. À cette date, 1,7% de la population active pourrait travailler dans le secteur de la santé et répondre aux besoins d’un marché mondial considérable, demandeur et porteur à long terme.

* Institut Montaigne

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