[Entretien] Damien Gromier « L’intelligence artificielle va paradoxalement nous rendre notre humanité.»

Damien Gromier
Damien Gromier
Président exécutif de France is AI

Rencontre avec le président exécutif de France is AI, qui fédère, sous l’égide de France Digitale, les acteurs français de l’intelligence artificielle. 300 startups, 100 laboratoires de recherche publics et privés, de grands groupes, des écoles, des universités, des investisseurs et plus 50 000 data scientists en France. Soit la plus grande initiative du genre en Europe.

« L’intelligence artificielle va paradoxalement nous rendre notre humanité. »

Q – Comment faire dialoguer science et conscience numérique ?

D. G. – Les questions éthiques sont incontournables lorsque l’on parle d’intelligence artificielle (IA ou AI en anglais). Mais nous les avons hissées au plus haut niveau grâce au soutien de Cédric Villani, à la fois l’un des plus grands mathématiciens au monde, titulaire de la médaille Fields et député français La République en marche (LREM). C’est avec lui que nous avons lancé le programme « AI for Good » à l’Assemblée nationale le 3 avril. L’enjeu était de décloisonner les expertises et les secteurs. De saisir les opportunités que représente l’intelligence artificielle dans la résolution des grands défis sociétaux auxquels la France est confrontée : accessibilité, inégalités, environnement, santé, agriculture, handicap, etc.

Q – Concrètement, comment ces bonnes intentions donnent-elles des résultats ?

D. G. – Nous essayons d’être aussi inclusifs que possible, en favorisant la rencontre de deux écosystèmes : l’IA et les ONG. Nous sensibilisons les experts de l’IA aux enjeux concrets terrain qu’affrontent les ONG. Et en parallèle, il faut continuer de former les ONG aux perspectives et aux opportunités qu’offre cette technologie.

La France a des talents et ne manque pas d’entrepreneurs qui voient grand.

Q – Quels sont les domaines dans lesquels l’intelligence artificielle « bienfaisante » fait le plus de progrès ces temps-ci ?

D.G.  Il y en a trois principaux : la santé, l’environnement et l’éducation.

Q – Quelle sera la prochaine grande tendance dans les années qui viennent ?

D. G. – La tendance est à l’affirmation citoyenne des chercheurs et des techniciens. Dans l’actualité, on a vu les employés de Google refuser de mettre l’IA au service d’un contrat d’armement. C’est emblématique de cette tendance.

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Q – Quelle est la place de la France, et de l’Europe, dans cette réflexion ?

D. G. – La France a des talents et ne manque pas d’entrepreneurs qui voient grand. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est en train de rebattre toutes les cartes de notre société. Il s’agit d’une opportunité unique pour transformer l’activité. Il faudra être transdisciplinaire dans l’approche, car c’est un sujet bien trop important pour être laissé aux seuls spécialistes de l’IA.

Q – Comprenez-vous les inquiétudes de ceux qui redoutent que les machines aliènent les humains ? Que leur répondez-vous ?

D. G. – Que l’IA est un formidable outil pour automatiser des tâches répétitives, tâches que l’on retrouve historiquement dans des emplois aliénants comme le travail à la chaîne. Et qui ont fait de l’homme un robot… En remplaçant l’humain dans l’exécution les tâches répétitives, l’IA va paradoxalement nous rendre notre humanité.