Intelligence Artificielle : quelles ambitions pour la France ?

La France s’empare enfin du sujet. L’année 2017 marque l’intérêt officiel du pays pour les champs de recherche et d’applications de l’Intelligence Artificielle (IA). Se donner les moyens d’anticiper les cycles d’innovation de plus en plus rapides, en saisir le potentiel et peser dans le paysage mondial. Ce sont les défis hexagonaux, face aux leaders mondiaux que sont la Chine, les États-Unis et la Corée du sud.

Prendre le leadership européen de l’Intelligence Artificielle

Ces deux dernières années, les travaux consacrés à l’IA se sont multipliés. Ainsi plusieurs travaux ont vu le jour : le rapport de l’Institut des métiers et des technologiques, de l’Académie des sciences, le livre blanc de l’Institut national pour la recherche en intelligence artificielle (Inria) ou encore la mise en place d’un groupe de recherche au CNRS.

Les acteurs économiques en ont bel et bien pris conscience. Ainsi, le lancement par la French Tech de « France is AI » (1) a pour vocation de fédérer les acteurs économiques émergents. Par ailleurs, en juin dernier, le Futur en Seine, festival des innovations numériques en Ile-de-France était dédié à l’Intelligence Artificielle.

Tirer le meilleur parti du potentiel français pour préparer l’avenir, avec pour boussole le progrès social.

Il manquait à la France une vision stratégique nationale. En janvier, le Gouvernement, sous l’impulsion d’Axelle Lemaire alors secrétaire d’État chargée du Numérique et de l’innovation, et Thierry Mandon, alors Secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a lancé Stratégie France IA (2). Son objectif est de tirer le meilleur parti du potentiel français pour préparer l’avenir, avec pour boussole le progrès social.

Une recherche enviée

Le bilan est positif et la France dispose de nombreux atouts à faire valoir en termes de recherche. La diversité des thèmes abordées et la proximité avec d’autres grands domaines de recherches (informatique, mathématique, sciences cognitives et sociale) attirent les entreprises étrangères. En revanche, parmi les fragilités identifiées, il manque à la recherche tricolore, financée pour l’essentiel par des fonds publics, de grands groupes industriels français.

Pour prendre le leadership européen, France IA a émis 59 propositions, parmi lesquelles figurent la mise en place d’une politique de soutien à la recherche, d’attractivité des start-ups de l’IA et des mesures pour favoriser le transfert de technologies des laboratoires vers l’industrie. L’ancien Président de la République a promis un soutien renforcé à la recherche publique et privée sur l’IA de 1,5 milliard d’euros sur 10 ans. Quant à son successeur Emmanuel Macron, il a annoncé au Salon Viva Tech mi-juin 2017, la création d’un fonds de 10 milliards d’euros en faveur des start-ups de l’innovation.

Pour une Intelligence Artificielle maitrisée

Parallèlement à l’initiative gouvernementale, le Parlement a présenté 15 propositions « Pour une intelligence artificielle maitrisée, utile et démystifiée » (3). Conscient des opportunités considérables portées par l’IA, en matière d’éducation, santé, environnement, énergie, dépendance et à tous les secteurs économiques, les parlementaires se positionnent clairement en faveur d’un IA encadrée.

L’éthique, l’accompagnement de la transformation du marché du travail sont au cœur de leurs recommandations. Former les jeunes chercheurs ainsi que le public, structurer la recherche et orienter les investissements vers l’utilité sociale des découvertes sont au cœur de leurs préoccupations.

(1) France Is AI tiendra sa seconde édition les 5 et 6 octobre 2017 à Paris : deux jours de tables rondes, conférences et compétition de start-ups, rencontres avec les chercheurs, développeurs et entrepreneurs.

(2) www.economie.gouv.fr

(3) Rapport d’information n°464 (2016-2017), au nom de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, www.senat.fr

Le saviez-vous ?

La recherche française en IA, en chiffres :

– 250 chercheurs, 68 laboratoires de Recherche & Développement

– 9 entreprises disposent d’un laboratoire de R&D : 3 françaises (Criteo, Michelin, Orange) et 6 étrangères (les japonaises Sony et Rakuten, les américaines Facebook, Microsoft et Xerox, et la chinoise Huawei).

– 45% de ces espaces dédiés sont situés en Ile-de-France, dont 134 à Paris, 8 autour du plateau de Saclay.

– Trio de têtes : L’IRISA (Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires), en Bretagne et ses 800 chercheurs, l’IIRT (Institut de recherche en informatique de Toulouse) et 651 chercheurs, et le LAB-STICC, à Lorient et ses 560 chercheurs.


(Source : Cartographie des laboratoires élaborée par France Is AI et Le Journal du net)