La Finance Responsable n’est plus une niche

« Ce qui était encore une niche il y a 15 ans, et gérait quelque dizaines de millions d’euros, a aujourd’hui changé la pratique financière de l’intérieur », se félicite Anne-Catherine Husson-Traoré, Directrice Générale de Novethic.

L’intérêt croissant des assureurs

Les investisseurs montrent un intérêt croissant pour une gestion qui intègre des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).  « L’investissement responsable en France pèse désormais 750 milliards d’euros, indique Anne-Catherine Husson-Traoré. En 2015, les volumes d’investissement ont enregistré un taux de progression annuel de 29%  sur un an ». Les assureurs sont les premiers moteurs de cette croissance. Leurs encours ont générés plus de 55% de la croissance en volume de ces investissements(1).

Vers une économie bas-carbone

L’exemple du groupe AXA, deuxième compagnie d’assurance en Europe, est à cet égard emblématique. En mai 2015, lors du « Climate Finance Day », le Président-Directeur Général du groupe, Henri de Castries, a annoncé sa volonté de se désinvestir totalement du charbon, pour un montant de 520 millions d’euros. Il a également annoncé le triplement de ses investissements verts, à hauteur de 3 milliards d’euros d’ici 2020. AXA entend en outre généraliser l’utilisation de l’analyse ESG  à toutes ses décisions d’investissements.

Un monde à plus de 4 degrés ne serait certainement plus assurable

En janvier 2016 le groupe a publié, pour la première fois, son empreinte carbone, dans le cadre de l’Engagement Carbone de Montréal de 2014 . Selon Pascal Canfin, Directeur Général du WWF France, « l’engagement pris par Henri de Castries est en parfaite cohérence avec sa vocation d’assureur. Il est à cet égard d’une grande clarté. Selon ses propres termes, si un monde à plus de 2 degrés de réchauffement climatique pourrait être encore assurable, un monde à plus de 4 degrés ne le serait certainement plus ».

L’impact grandissant de la Finance Climat

En 2025, l’impact de la COP 21  et les obligations de reporting mises en place par la loi Transition Ecologique et Energétique ont poussé 17 investisseurs français, dont 5 institutionnels, à définir leur stratégie climatique(1). « La place financière est mûre pour intégrer ces obligations », analyse Philippe Vayssettes, Président du Directoire de Neuflize OBC.

Plus de 50% de ces acteurs ont agi pour contribuer au financement de la transition énergétique, près de 40% pour en maitriser les risques et près d’un quart pour gérer les risques physiques liés au réchauffement climatique. Plus d’une vingtaine d’investisseurs français, dont 16 sociétés de gestion, ont ainsi mesuré l’empreinte carbone de leurs portefeuilles en 2015.

Verdir ses actifs

Logiquement, l’heure est au verdissement des investissements. « Pour un opérateur, intégrer le risque climat et plus largement des paramètres environnementaux et sociaux dans le choix de ses valeurs est désormais indispensable », explique Anne-Catherine Husson-Traoré. Car cela correspond à placer de l’argent de façon performante. Les pressions s‘intensifient autour des énergies fossiles et de leurs exploitants. Et les titres de ces sociétés s’effondrent en bourse ».

Les encours des financements verts et bas carbone des investisseurs français ont été multiplié par 5 en un an. En 2015, ils s’élevaient à 20,2 milliards de dollars contre 3,8 milliards en 2014. Ces actifs se répartissent entre fonds indiciels bas carbone, fonds thématiques environnementaux, obligations vertes (green bonds), investissements directs dans des entreprises de Cleantech  ainsi que dans les infrastructures vertes (parcs d’énergie renouvelables, infrastructures de transport, en commun bas carbone(1).

(1) Les chiffres de l’investissement responsable en France, enquête réalisée par Novethic et le FIR, mai 2016