Être philanthrope au XXIème siècle

Littéralement « amour de l’humanité », la philanthropie correspond à l’ensemble des dons librement consentis par des acteurs privés en faveur de l’intérêt général. Souvent abordée d’un point de vue fiscal, elle présente également de nombreux avantages sur le plan humain pour toute entreprise qui déciderait à y investir. Quels sont-ils ?

Être philanthrope au XXIème siècle

Un projet philanthropique pour se réaliser

Très développés dans les pays anglo-saxons, les projets philanthropiques restent encore peu déployés en Europe, et notamment en France. Parmi les exemples médiatisés, Bill Gates et Warren Buffet ont donné une grande part de leur fortune à une fondation en faveur de la santé et de l’éducation. Cependant, ce ne sont pas seulement les « très riches » qui donnent. En effet, de nombreux particuliers et entreprises s’impliquent. Ainsi, d’après le Panorama National des Générosités publié en Avril 2018, la générosité privée des français représente 7,5 milliards € dont 61% donnés par les particuliers et 39% par des entreprises (1).

Par ailleurs, on observe un boom du mécénat d’entreprise, notamment au sein les PME. Après avoir réussi dans le secteur privé, le chef d’entreprise peut se réaliser pleinement et donner du sens à ses actions ou ses investissements en utilisant ses compétences pour initier un projet d’intérêt général. Une chercheuse à la Bristish Columbia University, Lara Aknin, a même émis l’hypothèse qu’utiliser son argent à des fins altruistes plutôt que pour soi favoriserait l’atteinte d’un plus haut degré d’épanouissement et de bonheur.

La générosité privée des français représente 7,5 milliards €

Un élément souvent fédérateur pour les collaborateurs

Quelle que soit la taille de la structure, avoir un vrai projet de mécénat est souvent très fédérateur au sein de l’entreprise. C’est également devenu un moyen d’attirer les jeunes générations biberonnées aux questions d’intérêt général. En 2017, plus de trois jeunes sur cinq déclarent souhaiter travailler dans le secteur de l’économie sociale et solidaire pour se sentir plus utiles. Par ailleurs, s’ils doivent choisir entre deux offres d’emploi, sept jeunes sur dix déclarent privilégier celle qui a une démarche présentant le plus de sens à leurs yeux (2).

L’entreprise qui intègre la philanthropie dans son ADN, prend l’engagement de fédérer les collaborateurs pour aller au-delà de leurs missions opérationnelles. Cette démarche valorise l’entreprise en mettant en avant les valeurs sociales intégrées et plus seulement l’intérêt de ses actionnaires. Vis à vis de l’extérieur, communiquer sur les actions menées pour asseoir les valeurs de l’entreprise peut également être vertueux, et pas seulement pour une question d’image. L’ère du « greenwashing » semble dépassée et les salariés comme les consommateurs ne sont pas dupes. Le mécénat d’entreprise est donc gagnant – gagnant pour l’ensemble des parties prenantes : fédérateur pour les collaborateurs, valorisant vis-à-vis de l’extérieur et des clients ou consommateurs.

Une démarche pour aider à changer le monde en changeant le modèle

La philanthropie propose un modèle complémentaire au modèle marchand et à la redistribution publique via l’impôt. La démarche philanthropique libre et volontaire d’acteurs économiques privés (particuliers et entreprises) ne se substitue pas à l’action publique mais la complète. Son principe porte alors sur le long terme et les contraintes de temps ne sont plus les mêmes. Elle permet de décloisonner le comportement des acteurs sociaux. L’« impact investing », qui mesure l’investissement en tant que réponse à un besoin social avec un retour financier «modéré », est une notion de plus en plus présente. De manière plus libre que dans le secteur marchand, la philanthropie doit rester un espace d’innovation, d’expérimentation, qui laisse la possibilité de se tromper et de réorienter ses investissements (en temps ou en argent).

Le saviez-vous ?

Il existe désormais des cours de philanthropie et des formations permettant aux collaborateurs d’une entreprise à apprendre à devenir de bons philanthropes.

1. Le Panorama National des Générosités est publié par l’Observatoire de la philanthropie – Fondation de France avec la contribution du CerPhi et en partenariat avec France générosités, l’Association Française des Fundraisers, le Centre Français des Fonds et fondations, Admical, le Don en Confiance et l’Institut des Dirigeants d’Associations et Fondations.

2. Étude #moijeune réalisée par UDES / 20 minutes / OpinionWay, du 9 au 13 novembre 2017, sur un panel de 1 075 personnes âgées de 18 à 30 ans.