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[Entretien] Marc Childs, co-fondateur des Laboratoires Delbert « Le secteur des laboratoires pharmaceutiques n’est absolument pas homogène »

Les Laboratoires Delbert ont pour spécialité de faire renaître des spécialités pharmaceutiques en voie de disparition. En six années, ce sont quatorze médicaments, dont sept antibiotiques, qui ont été recommercialisés. Découverte d’un positionnement atypique avec Marc Childs, président et fondateur des Laboratoires Delbert.

Votre activité se concentre sur les « spécialités pharmaceutiques à faire renaître », dans trois aires thérapeutiques (cancérologie, infectiologie et psychiatrie). Pouvez-vous nous expliquer votre spécificité ?

Il y a des médicaments qui sont amenés à disparaître. Très souvent, l’arrêt de la fabrication est lié à une obsolescence des usines ou à un désinvestissement de la part des laboratoires pharmaceutiques. En France, il n’existe pas souvent de réévaluation des prix de vente des médicaments*. Après avoir été une source de revenus, les médicaments les plus anciens peuvent devenir une charge pour les laboratoires. C’est le cas, par exemple, du clamoxyl [un antibiotique sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS ndlr]. Pourtant, ces médicaments rendent des services médicaux fondamentaux. Notre savoir-faire consiste à mobiliser des capacités de production adaptés afin de faire renaître ces médicaments. C’est ainsi qu’en six ans nous sommes parvenus à produire quatorze médicaments en voie de disparition, dont sept antibiotiques.

Comment choisissez-vous de faire renaître certaines molécules davantage que d’autres ?

Le critère principal est le suivant : le médicament doit répondre à un besoin médical évident. C’est, par exemple, le cas d’un antibiotique encore largement prescrit par les médecins. Ainsi, nous sommes attentifs aux listes établies par les agences du médicament qui font état des médicaments en rupture ou en arrêt. Nous faisons toujours le choix de recommercialiser nos produits sans promotion. Il faut donc que la demande soit réelle.

Vous avez choisi de faire rapatrier votre production en Europe et de mettre en place des permanences de production pour les médicaments d’urgence. Vous avez par ailleurs opté pour une collecte sélective des emballages et une valorisation des médicaments non utilisés. Comment ces différents choix s’inscrivent-ils dans vos actions RSE ?

Pour nous, l’ensemble de ces choix n’est pas le fruit d’une réflexion destinée à optimiser notre stratégie RSE. La démarche RSE est naturelle, et notre mission est avant tout sociale : nous répondons à un besoin de santé des patients. Par ailleurs, si nous avons choisi de nous fournir localement (50 % de nos fournisseurs sont localisés en France et 90 % en Europe), c’est avant tout parce qu’une production en Asie serait contre-productive. En effet, lorsque vous produisez des volumes limités, de l’ordre de 50 kg, le coût de contrôle hors d’Europe devient alors beaucoup trop élevé. Enfin, la collecte et la valorisation des médicaments non utilisés est une initiative lancée il y a plus d’une vingtaine d’années par plusieurs laboratoires de façon conjointe.

Quels sont les apports de la technologie (et notamment de l’intelligence artificielle) au secteur de la santé ?

Les apports de la technologie ne sont absolument pas un sujet chez nous. Nous ne sommes pas dans la fabrication de nouveaux médicaments mais, à l’inverse, dans la production de médicaments anciens. Certains ont plus de 50 ans, d’autres même sont centenaires.

Vous avez développé votre activité, du conseil réglementaire à la commercialisation de produits de santé, et avez opéré plusieurs levées de fonds. Quelles sont vos ambitions de croissance externe à venir ?

Nous restons toujours activement à l’écoute du marché. Quand un médicament est manquant sur le marché nous prenons contact avec les laboratoires afin de savoir s’ils envisageraient de nous céder le dossier. À l’heure actuelle, nous tentons de faire évoluer notre stratégie, afin de nous positionner plus en amont des acquisitions. En effet, lorsqu’un médicament est signalé comme étant en tension, cela signifie que les stocks sont évalués à quelques mois. Or, il faut dix-huit mois pour opérer un transfert. En clair, durant quelques mois, il y aura une raréfaction de ce médicament, voir une rupture. En ce qui concerne le groupe, nous sommes aujourd’hui présents en France, en Belgique, en Italie ainsi qu’en République tchèque. Notre ambition est de poursuivre le développement du groupe et, pour ce faire, nous souhaitons élargir notre présence à d’autres territoires européens.

En temps de crise, le financement reste l’une des préoccupations principales des chefs d’entreprise. Vous venez d’opérer une levée de fonds de 40 millions d’euros auprès d’un consortium d’investisseurs. Quels conseils pour se financer en temps de crise donneriez-vous aux chefs d’entreprise ?

Nous venons en effet d’opérer une levée de fonds afin d’accompagner notre croissance et notre développement. J’avais réalisé ma première levée de fonds en 2005, pour le compte d’une autre entreprise, et je ne peux que constater la professionnalisation du process. C’est la raison pour laquelle je conseillerai aux entrepreneurs de se faire accompagner par des spécialistes pour structurer leur business plan. Les avocats, banques et experts du M&A [fusions-acquisitions, ndlr] sont à mon sens des partenaires nécessaires au bon déroulé d’une levée de fonds. Mon second conseil serait de conserver du temps pour la gestion de l’entreprise. En effet, une opération de levée de fonds peut très vite devenir chronophage pour un chef d’entreprise.

Le secteur pharmaceutique est actuellement en proie à de nombreuses controverses. Quel est, selon vous, le rôle des laboratoires pharmaceutiques dans la politique de soins ?

Les Big Pharma se sont fait absorber leurs profits par les fabricants de génériques. Ils ont donc cessé d’investir dans la recherche et le développement et choisi de fermer leurs centres de recherche. Leur stratégie est de vendre leurs usines puis d’externaliser la production dans des pays aux coûts de production moindres. Il est cependant essentiel de rappeler que le secteur des laboratoires pharmaceutiques n’est absolument pas homogène. Il faut distinguer les Big Pharma des biotechs, des spécialistes des génériques et des petits laboratoires qui, tout comme nous, se positionnent sur des produits de niche. Cela dit, quelles que soient les critiques contre le secteur pharmaceutique, nous pouvons constater que depuis le développement de l’industrie pharmaceutique, l’espérance de vie ne fait que progresser.

Quelles sont les perspectives pour le secteur pharmaceutique dans les mois à venir ?

En France, le secteur pharmaceutique a pour spécificité d’avoir un client unique ou quasi unique : la Sécurité sociale. Dans le même temps, les dépenses de santé ne cessent d’augmenter. Le secteur pharmaceutique devrait donc logiquement continuer à bien se porter dans les prochaines années. Cependant, le secteur des laboratoires pharmaceutiques reste exposé à d’importantes menaces. La menace la plus forte est, à mon sens, celle du recul de la propriété intellectuelle. Il faut que les acteurs européens conservent la propriété intellectuelle de certains produits au risque d’être confrontés à une pénurie. C’est déjà le cas, par exemple, du vaccin contre la tuberculose, qui, en France, est désormais réservé aux soignants.

* Pour que le médicament commercialisé par une entreprise pharmaceutique soit remboursable par la Sécurité sociale, celle-ci doit déposer une demande à la Haute Autorité de santé (HAS). L’avis rendu par la Commission de la transparence de la HAS est ensuite transmis au Comité économique des produits de santé (CEPS) et à l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam). La décision finale de remboursement relève de la compétence des ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale.

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