[Entretien] « Les conditions du marché immobilier parisien sont extrêmement favorables », Séverine Farjon, Directrice générale de RAISE REIM

Severine Farjon
Severine Farjon
Directrice Générale RAISE REIM

« La philanthropie est au cœur de notre modèle. » Tel est le credo de RAISE, la société d’investissement créée il y a cinq ans par Clara Gaymard (ex-PDG de General Electric France) et Gonzague de Blignières (ex-président du fonds Equistone Partners). À la tête de la filiale immobilière au côté d’Arnaud Pomel, Séverine Farjon donne un parfait exemple des ambitions du groupe. Affichant une stratégie entièrement axée sur la restructuration lourde d’immeubles parisiens, cette ancienne de la Foncière Paris a une approche claire et proactive du marché. Rencontre avec une visionnaire.

Comment votre groupe peut-il être à la fois être rentable et philanthropique ?

Séverine Farjon – À l’origine de RAISE, il y a un constat : en France, les startups sont certes nombreuses, mais leur taux de mortalité est trop élevé, notamment chez celles en phase de post-amorçage, pour qui passer le cap des 2 à 5 ans est une épreuve. Notre groupe s’est donc organisé autour d’un fonds de dotation baptisé RAISESHERPAS, qui est doté de plus de 22 millions d’euros et qui accompagne, finance et met en réseau ces jeunes entreprises afin de les aider à traverser ce « couloir de la mort ». Il accorde par exemple des prêts d’honneur de 100 000 euros à taux zéro ; 42 prêts ont ainsi été attribués à ce jour. Pour rester à flot, RAISESHERPAS reçoit une part des résultats engrangés par les activités financières du groupe (RAISE Investissement, société de capital développement, RAISE Ventures, société de venture capital, et RAISE REIM). Pour être précis, la moitié de nos « carried interests » (pourcentage des plus-values de débouclage revenant aux dirigeants de fonds, NDLR) lui sont versés.

Bref, nous sommes un ovni dans le monde de la finance.

Vous intervenez sur le marché immobilier à travers un organisme de placement collectif immobilier (OPCI). De quoi s’agit-il ?

S.F. – L’OPCI, c’est exactement comme une Sicav, sauf qu’elle se spécialise dans l’investissement immobilier. Ce type de produit financier a été créé en 2005 par le législateur pour doper le marché de la construction et de la rénovation. Il bénéficie d’un statut fiscal privilégié, notamment sur les encaissements de loyers et les plus-values à la revente. Au dernier recensement, l’ensemble des OPCI représentait 89 milliards d’euros d’encours en France. Un chiffre en progression de 150 % sur 5 ans. Il existe des OPCI grand public, mais en ce qui nous concerne, nous nous adressons uniquement à des grands comptes.

Où investissez-vous ?

S. F. – Uniquement à Paris, qui est devenu le premier marché immobilier européen. La demande locative y est forte, la vacance des bureaux n’a jamais été aussi faible, les loyers se sont remis à augmenter et les taux d’intérêt sont bas. Autrement dit, les conditions du marché immobilier parisien sont extrêmement favorables et l’appétit des investisseurs est grand.

Certaines zones de la région capitale ont-elles votre préférence ?

S. F. – Nous restons dans les limites du périphérique. Ce positionnement sélectif s’explique par la valeur incompressible du foncier dans Paris intra-muros, car contrairement à la banlieue, il n’y a presque pas de réserves de terrains. Ensuite, nous ne préjugeons pas de l’arrondissement.

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Vous vous spécialisez dans l’immobilier tertiaire. Dans quel type d’espaces les millennials désirent-ils travailler ?

S. F. – Le coworking (bureaux partagés) est devenu un phénomène massif. Depuis quelques années, ce sont des centaines de milliers de mètres carrés qui ont été convertis en espaces de ce genre nouveau. Cela passe par l’implantation de cuisines pour partager des moments conviviaux entre équipes, et d’espaces de détente et de sport. On crée ainsi une ambiance plus propice à l’échange et donc à la productivité.

Quelles seront, selon vous, les tendances de demain dans la conception des bureaux ?

S. F. – J’en vois deux. D’abord la « flex desk policy », c’est-à-dire le fait de ne pas assigner aux collaborateurs un poste de travail fixe. Chaque jour, ils choisissent une place différente en fonction des postes disponibles, ce qui permet de rompre physiquement avec les phénomènes de silos. Autre tendance : la transformation des bureaux traditionnels avec l’intégration de multiples services amorcés par les opérateurs de coworking.

La preuve que performance et bienveillance peuvent aller de pair.

À l’échelle de votre activité immobilière, comment vous montrez-vous fidèle aux valeurs humanistes de RAISE ?

S. F. – Tout d’abord, nous permettons à des startups de RAISESHERPAS de s’installer dans les immeubles acquis pendant la phase d’instruction des permis de construire. Par ailleurs, nous avons été choisis, dans le cadre du concours « Réinventer Paris 2 », pour transformer le musée de la Libération près de la gare Montparnasse. En attendant le début des travaux, nous allons installer sur site un centre d’hébergement d’urgence géré par l’Armée du Salut pendant deux ans. La preuve que performance et bienveillance peuvent aller de pair.

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