[Entretien] Isabelle Juppé « La question du sens sera de plus en plus perçue comme un levier de performance dans les entreprises »

Isabelle Juppé
Isabelle Juppé
Directrice de la responsabilité sociétale et environnementale du groupe Lagardère, membre de la commission RSE du Medef

Isabelle Juppé est depuis 2008 la directrice de la responsabilité sociétale et environnementale du groupe Lagardère (leader mondial du commerce en zones de transport et troisième éditeur de la planète avec la filiale Hachette). Membre de la commission RSE du Medef, elle représente l’une des voix les plus reconnues sur le sujet, notamment pour des programmes qu’elle a initiés au sein du groupe en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. À l’occasion des « Trophées Europe 1 de l’engagement », qu’elle organise chaque année et qui seront remis le 11 février prochain à Paris, elle nous livre son credo sur le développement durable.

Pourquoi la responsabilité sociétale de l’entreprise est-elle devenue un objectif stratégique crucial dans les grands groupes ?

Isabelle Juppé – Tous les grands groupes doivent répondre d’une part à des contraintes réglementaires croissantes en la matière, et d’autre part à des attentes de plus en plus fortes de la société sur toutes les questions du développement durable. Traiter la RSE comme une priorité stratégique consiste en quelque sorte à donner du sens aux activités de l’entreprise, et cette question du sens sera à mon avis de plus en plus perçue comme un levier de performance.

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En quoi adopter cette philosophie peut-il favoriser la création de richesses ?

I.J. – Grâce aux innovations qu’elle génère, la responsabilité sociétale des entreprises est à la source de nouveaux emplois, de nouveaux produits et de nouveaux services. Mais il y a mieux : elle crée également une richesse que je qualifierai « d’extra-financière ». Car tout projet de développement durable a un impact sociétal fort, qui se mesure en termes d’engagement des collaborateurs et de partage de valeurs avec les autres parties prenantes de l’entreprise telles que les clients, les collectivités locales et les actionnaires. C’est une richesse qui ne se voit certes pas dans le compte de résultat, mais qui fera la différence à terme entre les entreprises vertueuses et les autres.

Vous récompensez chaque année, avec les Trophées Europe 1, des initiatives citoyennes éco-responsables. Pourquoi ce choix ?

I.J. – Avec les Trophées de l’avenir, Europe 1 (filiale de Lagardère, NDLR) traduit sa volonté de participer à la construction du monde de demain. Les médias reflètent la société dans laquelle nous vivons, et ils doivent donner à leurs différents publics, lecteurs et auditeurs, les clés de compréhension des grands débats qui traversent l’opinion. Or aujourd’hui, l’éco-responsabilité est devenue un sujet majeur. Aussi, nous avons décidé d’aller un peu plus loin en encourageant des projets qui sont le terreau de multiples innovations et qui vont dessiner le futur de nos vies.

Parmi les valeurs que vous mettez en exergue, il y a « l’harmonie ». Pourquoi est-ce si important à vos yeux ?

I.J. – Je pense qu’il est indispensable d’insister sur cette idée, parce qu’on n’arrivera à rien si l’on ne met pas en résonnance, donc en synergie, toutes les dimensions du développement durable, je veux parler de l’éco-responsabilité, la citoyenneté, la transmission, le lien social, l’inclusion… Sans oublier l’optimisme !

Quelles seront selon vous les grandes tendances de la RSE dans les années qui viennent ?

I. J. – Difficile de prévoir l’avenir, alors que tout va de plus en plus vite. Mais je crois fermement que certaines des tendances actuelles de la RSE sont appelées à vraiment devenir demain des sujets de préoccupation majeurs dans toute la société, à commencer par le besoin de participation citoyenne aux enjeux de développement durable, notamment dans les villes. Le changement climatique est enfin perçu par l’opinion comme un enjeu qui concerne tout le monde et je suis persuadée que cette conscience écologique va continuer de croître. Mais il y a aussi le sujet de l’alimentation durable (produits bio, lutte contre le gaspillage alimentaire, bien-être animal…) ou plus globalement l’impact de l’environnement sur la santé qui va prendre de l’ampleur, tout comme les enjeux éthiques liés au développement du numérique, et notamment de l’intelligence artificielle…

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