Ignace de prest

[Entretien] Ignace de Prest, Président du Directoire de Sunna Design

Spécialiste des lampadaires solaires autonomes dont une grande partie des composants sont d’origine française, Sunna Design apporte l’éclairage public dans les zones les plus reculées. Soucieuse de diversifier ses activités, la PME girondine de 35 salariés prend position depuis peu sur les marchés matures, notamment le marché américain. Ignace de Prest, directeur général de l’entreprise, a désormais pour ambition d’amener les collectivités et les industries françaises sur la voie de la transition énergétique.

Sunna Design veut éclairer le monde durablement.

Sunna Design propose depuis 2011 des lampadaires solaires innovants dans les pays émergents, quels sont les enjeux du secteur ?

Dans les pays émergents, l’éclairage public est un levier de développement social et économique. De nombreuses zones rurales n’ont pas accès à l’énergie et à l’électricité. Nos solutions transforment donc la vie de la population. Dans Asyut, un village de 3 500 habitants implanté dans le Sud égyptien, toute l’activité économique et sociale s’arrêtait à la tombée de la nuit. Depuis que nous avons installé des lampadaires, les magasins de réparation et de vente restent ouverts plus longtemps. Les enfants peuvent également jouer dehors en sécurité.
Nous ciblons par ailleurs des géographies plus matures, qui représentent l’autre moitié de notre business. Les municipalités veulent prendre des mesures concrètes pour participer à la transition énergétique, diminuer voire annuler leur facture. En choisissant les énergies renouvelables, et en basculant à 100 % vers l’éclairage solaire, ces acteurs peuvent faire baisser leur facture de 40 %. Certains décident de réinvestir l’argent économisé pour éclairer davantage de zones en énergie solaire.

Vos réalisations ont été récompensées par onze prix. Pouvez-vous nous en dire plus sur les innovations proposées ?

Nous avons trois grands domaines d’expertise. Le premier concerne la conception matérielle et la fabrication. Nous avons réalisé des développements importants en ingénierie thermique et mécanique. Nos produits se distinguent par leur durabilité et leur robustesse. Ils sont capables de résister à de fortes températures, à la poussière et à des conditions météo difficiles.
Le deuxième volet repose sur l’intelligence embarquée. Un module et un algorithme assez fin permettent de prolonger la durée de vie de la batterie jusqu’à douze ans et de la piloter finement pour qu’elle soit capable de restituer l’énergie.
Notre troisième champ d’innovation concerne la supervision. Les technologies radio nous offrent la possibilité de commander des lampadaires à distance. Nous avons développé une plateforme technologique, initialement imaginée pour le marché de l’éclairage, qui peut être déclinée pour alimenter d’autres applications apportant des services dans la ville. Les relais télécoms, le mobilier urbain ou encore les caméras de vidéo-surveillance qui ont besoin d’énergie deviennent ainsi totalement autonomes.

En plus d’agir pour le développement des pays émergents, votre objectif est de produire propre et local. Les matériaux et les panneaux solaires utilisés sont-ils intégralement d’origine française ?

Les matériaux et les composants électroniques sont majoritairement français. Par exemple, les batteries sont fabriquées par Arts Energy, le plastique injecté provient de la société Alcas, et les composants mécaniques de la société Mécalaser. Notre outil industriel, implanté à Blanquefort en Gironde, a par ailleurs été construit avec Immersion, une entreprise bordelaise, leader européen de la réalité virtuelle. La France est relativement riche en matériaux, exception faite des panneaux solaires, qui sont d’origine asiatique.

Vos lampadaires solaires s’exportent en Afrique, au Moyen-Orient, en Inde et désormais aux États-Unis, avec le rachat de Sol Inc. Avez-vous l’intention d’adresser le marché français et comment comptez-vous y parvenir ?

Le marché français, qui a pour ambition de réduire son impact carbone et sa facture énergétique, fait partie de nos priorités. Nous travaillons déjà avec plusieurs municipalités, dont Bordeaux Métropole, où nous avons mené des projets d’innovation sur l’éclairage public, et avec quelques clients dans le retail. Nous éclairons notamment des parkings d’enseignes de grande distribution et d’ameublement. Pour gagner plus vite des positions sur ces secteurs, nous avons renforcé notre équipe de commerciaux et d’ingénieurs. Le marché français représente 10 % de notre chiffre d’affaires. Notre objectif est de tripler ce chiffre dans les trois ans qui viennent. Pour y parvenir, nous allons approcher les municipalités, les clients commerciaux et industriels qui ont des projets de nouveaux sites à éclairer. Nous allons aussi cibler ceux et celles qui disposent d’éclairages anciens et veulent basculer vers des technologies solaires.

L’« usine du futur » d’une surface de 1 000 m2 dans laquelle vous avez investi plus de 1 million d’euros en 2016 vous a-t-elle permis de devenir rentable et de changer d’échelle ?

Le site, labellisé « Vitrine industrie du futur », qui utilise la réalité augmentée, nous a permis de proposer des offres plus compétitives pour permettre et accompagner notre changement d’échelle. Nous sommes encore dans une phase d’investissement commercial soutenu. En 2020 des projets ont été décalés dans plusieurs de nos marchés, tandis que le marché américain s’est très bien comporté pendant la crise, délivrant une croissance supérieure à 20 %.

Vous avez été embauché en 2018 pour transformer la start-up en scale-up. Quel est votre parcours ?

J’ai croisé la route de Thomas Samuel, le fondateur de Sunna Design, lorsque je travaillais chez Schneider Electric. Pendant huit ans, j’ai dirigé l’activité solaire et stockage d’énergie du groupe pour l’Europe, l’Afrique du Nord et de l’Ouest, et j’ai structuré la croissance de Schneider Electric dans les énergies renouvelables et solaires dans des postes de management. Précédemment, j’ai évolué dans les métiers du private equity pendant dix ans avec en fil rouge les innovations dans le monde de l’énergie.

Comment préservez-vous le capital humain de l’entreprise et votre organisation collaborative ?

Le management mène un travail d’engagement très fort auprès des collaborateurs. Nous avons renforcé l’équipe de direction pour former et accompagner nos 35 salariés. Nos équipes sont informées de l’avancée de chaque projet lors de réunions mensuelles, ce qui crée un véritable dynamisme. Notre outil industriel a été pensé et construit pour faciliter le travail et le confort des salariés. Chaque poste de travail est mobile, installé sur des étagères en tubes d’aluminium, modulables à souhait, et sur roulettes. Ce qui offre une flexibilité intéressante et réduit de 60 % la pénibilité du travail. Notre objectif est également de fédérer les collaborateurs autour du projet de l’entreprise, qui a pour mission de contribuer au développement d’autres pays, d’éclairer le monde durablement et d’améliorer la vie des gens. C’est ce challenge et cet impact social et environnemental qui permettent d’établir un horizon de sens, qui animent notre communauté, nos équipes, nos actionnaires et nos partenaires.

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