[Entretien] Delphine Remy-Boutang – Co-fondatrice de la Journée de la femme digitale

Delphine Remy-Boutang
Delphine Remy-Boutang
Co-fondatrice de la Journée de la femme digitale

Sept éditions déjà ! À la tête de l’agence The Bureau, cette passionnée de nouvelles technologies animera le 17 avril prochain à la maison de la radio (Paris) la 7e Journée de la femme digitale. Un rendez-vous pour célébrer l’innovation au féminin avec les plus grands acteurs de l’économie digitale comme Orange, Facebook et Microsoft. Réunissant plus de 4 000 participants, l’événement a pour ambition de « donner envie aux femmes d’oser, d’innover et d’entreprendre », aime souligner la jeune femme, qui ne méconnaît pas non plus les obstacles du sexisme dans le secteur.

L'économie numérique est-elle machiste ?

Delphine Remy-Boutang – Les femmes sont hélas encore sous-représentées dans le secteur. En France, seules 17 % des startups de la tech comptent au moins une femme parmi leurs fondateurs. Cela est dû notamment à une trop faible présence de femmes dans les viviers de formation. Alors qu’au sein de l’Union européenne elles représentent plus de 57 % des diplômés du supérieur, on ne trouve que 24,9 % de jeunes femmes dans les facultés et les écoles où l’on enseigne les technologies de l’information. Si la parité n’est pas assurée en amont dans les cursus, elle ne peut pas l’être en aval dans le monde du travail… Néanmoins, je ne pense pas que le secteur numérique soit plus sexiste que les autres. Et je préfère voir le bon côté des choses. En raison de sa forte croissance, le secteur recrute beaucoup et offre donc aux femmes de belles opportunités de carrière.

Comment permettre aux femmes de prendre la place qu'elles méritent dans le digital ?

D.R.-B. – La féminisation ne peut être pérenne que s’il y a de la visibilité. Cela passe par la promotion des « rôles modèles » féminins du secteur, ces personnalités qui peuvent inspirer et motiver les jeunes filles à s’engager dans des études orientées vers le numérique. Cela passe aussi par l’action des médias et des influenceurs dans des démarches de sensibilisation à la cause des femmes, comme avec la campagne #metoo contre les agressions sexuelles.

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Le cyber-harcèlement des femmes fait la une de l'actualité depuis quelques semaines. Phénomène ponctuel ou vrai mal endémique ?

D. R.-B. – Le sexisme dans le monde du digital n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui les femmes osent enfin en parler. Ceux qui construisent leur influence en écartant la voix des femmes ou en la méprisant montrent un manque cruel d’humanité. Jusqu’à présent, les femmes s’étaient tues. Mais aujourd’hui, la peur a enfin changé de camp. On le voit avec l’affaire de la Ligue du LOL, nous vivons une période charnière. Les médias doivent continuer de relayer les campagnes de libération de la parole, afin de sensibiliser le grand public.

Quel avenir pour la Journée de la femme digitale ?

D. R.-B. – L’année 2019 marque le début de l’internationalisation de la Journée de la femme digitale, avec le lancement d’une extension annuelle en Afrique, zone économique où les nouvelles technologies sont en plein développement et représentent un enjeu déterminant. D’autant qu’il s’agit du continent champion en matière d’entrepreneuriat féminin. L’Afrique compte de nombreuses femmes entrepreneures qui imaginent et mettent en œuvre des solutions concrètes grâce au digital et participent activement à la croissance. Le premier rendez-vous de La Femme digitale Afrique aura lieu cet été à Dakar.

Pourquoi Dakar ?

D. R.-B. – L’Assemblée nationale du Sénégal compte 42 % de femmes sur 150 sièges, ce qui place le pays au septième rang mondial. Et Dakar fait partie du top 10 des villes les plus high-tech d’Afrique. La ville a d’ailleurs commencé à offrir un accès gratuit au Web à ses citoyens. Par ailleurs, le Sénégal multiplie les incubateurs et les fonds d’investissement pour permettre aux startups de se développer. Cette première édition sur le continent africain représente le début d’une série d’événements. Dans les prochaines années, nous parcourrons tout le continent. La révolution numérique est phénoménale dans de nombreux pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Gabon ou le Kenya.

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