[Entretien] Catherine Barba, entrepreneure et business angel « La crise a été un accélérateur de particules pour les startups du numérique »

La crise sanitaire a accéléré l’usage des nouvelles technologies dans tous les secteurs d’activité. Catherine Barba, experte de la transformation digitale, de retour en France après cinq années passées aux États-Unis, est persuadée que le numérique sera vital aux entreprises dans le « monde d’après ». Pour Prismes, elle analyse la manière dont la Covid a profité aux startups et détaille les transformations structurelles qui en découlent.

Certaines startups de la tech parviennent à bien résister à la crise actuelle. Comment expliquez-vous cette résilience ?

Catherine Barba – Comme beaucoup d’entreprises, elles ont bien sûr été impactées, mais leur capacité à transformer leur vision en action les a relativement préservées. 18 % d’entre elles ont pivoté et 25 % ont changé leurs stratégies de vente*. La nécessité du contexte les a rendues encore plus agiles et la crise a même été un accélérateur de particules pour nombre d’entre elles. Pendant le confinement, Bandsintown, une startup new-yorkaise de vente de tickets de concerts a, par exemple, pivoté et s’est transformée en plateforme de concerts en live. L’entreprise est aujourd’hui en croissance de 60 %. Je pense aussi à AB Tasty, leader dans l’optimisation des taux de conversion sur les sites e-commerce. La crise, qui a rendu plus cruciale encore la transformation des visiteurs d’un site en acheteurs, a profité à cette startup française. Deux semaines après le début du confinement, elle enregistrait une augmentation de 50 % de l’utilisation de sa plateforme. Elle a même réussi à lever 40 millions de dollars en juillet, pour renforcer sa présence aux États-Unis et optimiser sa technologie.

Le retail a en revanche été très impacté. Comment le digital peut-il aider le commerce physique à se réinventer ?

C. B. – Nous sommes entrés durablement dans une ère où l’e-commerce n’est plus considéré en support du magasin, mais où la vente en ligne est devenue l’activité principale. C’est un changement crucial. Les dirigeants doivent désormais être capables de renverser leur pyramide des priorités online-offline. Cela passe par la création de plateformes permettant une totale fluidité entre l’e-commerce et les magasins, avec un système de paiement unifié, une logistique de précision, des sites avec des « landing pages » (pages renvoyant sur du contenu, ndlr), et une bonne stratégie d’acquisition et d’activation des clients acquis. De tels investissements ne sont pas simples dans la période de frugalité que nous sommes en train de traverser, mais c’est la seule manière de réinventer le magasin. En France, nous avons les meilleurs ingénieurs et les meilleures startups « Retailtech » au monde avec lesquelles les commerces peuvent travailler. Profitons de cette chance pour accélérer cette inévitable transformation.

En tant que business angel, de nouveaux éléments motivent-ils vos décisions d’investissement ?

C. B. – Pour moi, il y a eu un avant et un après-Covid. En plus d’avoir un modèle économique rentable et une activité capable de croître de façon significative, je regarde tout simplement comment l’entreprise compte contribuer à résoudre nos grands problèmes sociaux et environnementaux : comment dans ses choix de partenaires, de fournisseurs, sa façon de produire, de vendre, d’éviter le gaspillage, elle s’engage à mesurer sa contribution active au changement et aux transformations. C’est la raison pour laquelle j’ai, par exemple, investi dans Place2Swap, une plateforme omnicanale qui permet aux marques d’intégrer le marché de l’occasion dans leur modèle économique, ou Spiridon, une marque de mode écoresponsable. Je suis aussi très attentive aux entreprises qui s’engagent à éradiquer l’exclusion sociale sous toutes ses formes. J’investis dans des startups où les équipes de fondateurs ont des profils et des genres diversifiés, ou qui font travailler des personnes en réinsertion ou en situation de handicap comme La Vie est Belt (ceintures réalisées à partir de pneus de vélo usagés et fabriquées dans une entreprise adaptée, ndlr). À mes yeux, c’est un gage de meilleure performance, d’innovation accrue et d’attraction des talents.

La crise a également mis en évidence de nouveaux comportements et de nouvelles façons de travailler. Quelles transformations « culturelles » cela implique-t-il dans les entreprises ?

C. B. – Nous sommes en train de vivre des transformations géopolitiques, écologiques et économiques sans précédent. Elles exigent de chacun de nous de changer radicalement de comportement et d’adopter un nouvel état d’esprit. Dans les entreprises, avec le développement du télétravail, les managers vont devenir à la fois des initiateurs de changement et des passeurs de confiance. Ils vont devoir être plus agiles eux aussi et surtout faire entrer une dimension émotionnelle dans leur management pour maintenir le lien avec leurs équipes. L’intrapreneuriat va devoir être encouragé et accompagné car il va falloir plus que jamais donner un but et de l’autonomie aux salariés, particulièrement aux jeunes. Cette quête de sens et d’équilibre signe définitivement notre époque.

* Étude réalisée par Station F « Impact and Opportunities of Covid-19 for startups », juin 2020.

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