pelouse hybdride

[Entretien] Bertrand Picard, fondateur de Natural Grass : à la conquête des stades

Bertrand Picard
Bertrand Picard
Fondateur de Natural Grass

La crise de 2008 a constitué un tournant pour Bertrand Picard. Alors banquier, en charge des fusions-acquisitions, il a décidé de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat durable avec la création de Natural Grass en 2009. L’objectif est simple : reverdir les pelouses des stades, de moins en moins écolos, puisque devenues majoritairement synthétiques. Et voilà la pelouse « hybride » lancée à la conquête des grands stades, aujourd’hui présente dans 10 pays. Pour Prismes, il détaille son aventure, et explicite sa vision de l’entrepreneur durable aujourd’hui.

Du point de vue de l’environnement, quelle est la différence entre les pelouses « hybrides » que vous proposez et les pelouses synthétiques ?

Bertrand Picard – Depuis 20 ans, la plupart des stades de haut niveau ont abandonné la pelouse naturelle, qui ne résiste pas à une utilisation intensive. Ils ont dans un premier temps opté pour des matériaux synthétiques. Mais ceux-ci présentent de nombreux inconvénients. Le danger n’est pas nul pour la santé des utilisateurs, et, une fois usé, au bout de cinq à dix ans, ce type de pelouse part à la décharge. Aujourd’hui, le synthétique est interdit en Ligue 1 et en Ligue 2 pour toutes ces raisons.
Ce n’est pas le cas avec notre solution de pelouse hybride. Elle est hybride, car elle consiste en une sous-couche de synthèse, à base de liège, sur laquelle est implanté du gazon naturel. Elle est meilleure pour la santé des utilisateurs, sa durée de vie est plus longue, elle peut être transportée (un club voulant changer d’implantation pour s’agrandir peut la réutiliser), et elle est bien sûr recyclable.

Comment assurez-vous le respect de l’environnement sur toute la chaîne, de la production à l’utilisation ?

B. P. – Dès le départ, cette pelouse a été élaborée selon les principes de l’éco-conception. Nous avons fait appel aux process du cabinet PwC, qui analyse l’ensemble du cycle de vie des produits, pour proposer une solution la plus durable possible. D’abord, pour constituer la base de cette pelouse hybride, nous nous sommes tournés vers un produit naturel, le liège, dont l’exploitation joue le rôle de puits de carbone. Ensuite, l’entretien implique une consommation d’eau réduite de 40 % par rapport à une pelouse classique. Enfin, comme je l’ai mentionné, ce sol hybride est recyclable. Il faut prendre en compte aussi l’optimisation de l’usage : la forte résistance de cette pelouse permet une utilisation intensive. Il est possible de laisser jouer à la fois une équipe de foot et de rugby sur un même terrain, comme le fait Bourg-en-Bresse, par exemple. C’est donc la construction et l’exploitation d’un stade supplémentaire qui est évitée.

Quel est le surcoût de cette solution ? L’argument écologique suffit-il à convaincre ?

B. P. – Une pelouse hybride est sans doute deux fois plus chère qu’une classique (naturelle), mais elle peut être utilisée quatre fois plus. Et bien sûr, l’argument écologique devient aujourd’hui primordial. Un autre exemple de notre avantage comparatif sur ce terrain : les granulats de pneus qui composent les pelouses synthétiques finissent par rentrer dans la terre et polluer les nappes phréatiques. Ce n’est pas le cas du liège que nous utilisons.

Comment se développe votre entreprise ? À quelle concurrence devez-vous faire face ?

B. P. – Nous nous développons rapidement, nous sommes présents dans une dizaine de pays, en Europe, bien sûr, mais aussi au Japon. Il faut dire que la totalité de la Ligue 1 et de la Premier League s’équipe désormais en pelouses hybrides. Nous visons désormais les États-Unis, où nous ne sommes pas encore présents.
Dans le monde, trois acteurs proposent des pelouses hybrides. Nous faisons face à un irlandais et à un franco-américain. Natural Grass est l’entreprise la plus jeune, la plus écoresponsable.

Pensez-vous que la crise actuelle a contribué à une prise de conscience des défis environnementaux, et va permettre d’accélérer l’agenda du développement durable ? L’entrepreneuriat durable va-t-il s’en trouver renforcé ?

B. P. – Beaucoup de gens, pendant les semaines de confinement, se sont posé la question du sens. Il est clair que la nouvelle génération est en quête de sens, qu’on ne peut plus attirer les talents dans une entreprise en vantant simplement des perspectives de bonus.
Cette question du sens me paraît aujourd’hui largement partagée. Pendant la crise de 2008, la question de l’environnement a été posée, mais peu de choses ont été vraiment réalisées, finalement. Il y avait beaucoup de greenwashing.
Aujourd’hui, on est dans une vague plus porteuse, elle pousse les entrepreneurs qui ont de vrais projets, avec un impact véritable sur la société. Donner du sens, cela peut être se préoccuper de l’environnement, comme nous, mais aussi travailler sur les inégalités, sur la santé, sur le social… Les salariés sont en quête de sens, tout comme les consommateurs : on les sent prêts à réfléchir à ce qu’ils achètent, à s’intéresser à la provenance des produits. Ils ont plus envie de privilégier le circuit court que d’acheter un objet qui a fait quatre fois le tour du monde.
Voilà pourquoi ceux qui ne seront pas capables de donner un sens à leur entreprise risquent d’être vite dépassés.

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