[Entretien] Alexis Garavaryan, fondateur de Kowloon Nights

Dans l’univers des jeux vidéo, son approche détonne pour le moins. En 2017, Alexis Garavaryan, 35 ans, a monté son propre fonds d’investissement, Kowloon Nights, avec une feuille de route originale.

Plutôt que de prendre des parts dans des sociétés du secteur, le jeune homme préfère financer les projets au cas par cas. Une façon « de devenir un outil de référence », affirme ce diplômé de l’Essec passé par le leader français des jeux vidéo Ubisoft, avant de s’aguerrir aux USA chez Microsoft puis en Chine chez Tencent. Résultat, son sérieux est déjà cité en exemple dans l’industrie. Sans que sa réputation d’authentique passionné de gaming ne soit entachée. Dans le métier, on appelle cela un « super combo » !

La croissance du marché du jeu vidéo est très soutenue à l’heure actuelle. Est-ce un phénomène durable ou un accident de l’histoire ?

Alexis Garavaryan – Je fais partie de ceux qui sont très optimistes pour le secteur sur les prochaines années. Les perspectives sont excellentes, notamment en raison de la croissance soutenue que nous avons connue ces dernières années en Asie et l’apparition de nouvelles plateformes extrêmement ambitieuses telles qu’Apple Arcade ou Game Pass de Microsoft, et prochainement Google Stadia.

Comment repérez-vous un bon jeu vidéo ?

A.G. – Il y a plusieurs critères. Tout d’abord l’historique de l’équipe qui le conçoit. Ensuite, la façon dont le produit se positionne par rapport au marché, soit en confirmant une tendance forte, soit en prenant la mode du moment à contre-pied. Enfin, il faut tout simplement que nous ayons envie d’y jouer ! Depuis deux ans, nous avons évalué plus de 800 projets grâce à une équipe de têtes chercheuses basées entre autres à Stockholm, Los Angeles, Montréal, Tokyo et Wellington. En fin de compte, nous nous sommes positionnés sur une vingtaine de projets. En veillant bien sûr à construire un portefeuille varié, qui mêle toutes les grandes typologies de jeux.

À quel moment intervenez-vous ?

A.G. – Entre le premier coup de crayon et la sortie sur le marché, un jeu vidéo demande en moyenne trois ans de développement. Mais il convient de distinguer deux parties. D’abord la conception du produit à proprement parler, opérée par le studio. Ensuite, l’étape de lancement, qui peut s’étendre sur plusieurs années pour un jeu opéré en tant que service. Or, nous pouvons nous engager aussi bien à l’amorçage du projet qu’au déclenchement de la phase 2. Nos tickets sont compris entre 100 000 et 10 millions d’euros.

La France est un pays extrêmement compétitif en termes de coûts de développement, ce qui rend nos studios très attractifs pour les investisseurs étrangers.

Y a-t-il une French Touch dans le jeu vidéo ?

A.G. – Oui, notre pays jouit incontestablement d’une excellente réputation. Grâce notamment à Ubisoft, l’un des leaders mondiaux du secteur et qui a formé quantité de professionnels reconnus, que ce soit en France ou à l’international, notamment à Montréal. Des talents que l’on retrouve aujourd’hui à la tête de studios tels qu’Amplitude, Sloclap ou encore Tactical Adventures. Autre facteur de la qualité hexagonale, notre politique d’ouverture, qui attire des talents du monde entier. À l’image des Québécois, les pouvoirs publics français ont compris depuis longtemps qu’il y avait à la clé de nombreuses créations d’emplois. Enfin, il ne faut pas oublier notre dernier grand atout, la France est un pays extrêmement compétitif en termes de coûts de développement, ce qui rend nos studios très attractifs pour les investisseurs étrangers – nous avons d’ailleurs trois projets en cours avec des studios à Paris et Bordeaux.

L’arrivée des nouvelles plateformes modifie-t-elle la donne dans le secteur ?

A.G. – Assurément. Car ce sont des mastodontes qui s’affrontent pour obtenir l’attention des joueurs. Pour s’imposer, les plateformes ont l’obligation de présenter dès leurs premiers pas un « line up » (liste de jeux) de grande qualité. Conséquence, elles sont toutes en train de faire leur marché à marche forcée. Cet environnement est très favorable pour les studios de développement. Un partenariat avec une plateforme peut, par exemple, leur permettre d’amortir le coût de développement d’un jeu avant même sa sortie. Dans cet environnement, toutefois, il convient de garder la tête froide et de se construire une image d’acteur sain et responsable, au-delà de la seule recherche du retour sur investissement. C’est du moins la stratégie de Kowloon Nights.

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