Désormais remboursée, la téléconsultation gagne en visibilité

Bien que plusieurs sites permettent déjà une mise en relation entre médecins et patients, consulter le docteur simplement par téléphone ou Internet sans avoir à se déplacer n’est pas encore une pratique répandue. La reconnaissance de la téléconsultation parmi les actes médicaux conventionnés par la Sécurité sociale (sous réserve de respect des critères) ouvre désormais la voie au remboursement.

Désormais remboursée, la téléconsultation gagne en visibilité

Facilité par les progrès des télécommunications, la téléconsultation a déjà été largement expérimentée ces dernières années. Pour les pouvoirs publics, c’est, avant tout, un moyen de pallier la désertification médicale de certains territoires. Les entrepreneurs n’ont cependant pas attendu l’obtention du remboursement pour concevoir de nouveaux modèles d’activité en proposant aux praticiens un outil complémentaire à leur pratique habituelle accordant, par la même occasion, une grande souplesse aux patients.

L’entrée en vigueur depuis le 15 septembre 2018 du remboursement des actes de téléconsultation constitue l’aboutissement d’un processus de longue haleine. En effet, le cadre juridique de la télémédecine a été posé en France dès 2009 avec la loi Hôpital Patients Santé et Territoires (HPST). Le programme national de télésurveillance des patients atteints de maladies chroniques, appelé ETAPES (Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration des Parcours En Santé), défini en 2014, a ensuite permis de tester progressivement le déploiement de solutions de télémédecine dans certaines régions et établissements pilotes.

Le remboursement reste conditionné au respect du parcours du soin

Facturée par le médecin au tarif habituel, soit généralement 25 euros, ou 30 euros chez un spécialiste, la téléconsultation ne sera remboursée qu’à certaines conditions. Elle doit impérativement s’inscrire dans le parcours de soin, c’est-à-dire être assurée par le médecin traitant ou, sur orientation de ce dernier, par un spécialiste.

Pour éviter que ce type d’échange se substitue entièrement à une relation en face-à-face, le patient doit impérativement avoir rencontré son praticien au moins une fois au cours des douze mois précédant la téléconsultation. D’un point de vue technique, l’assurance maladie exige également que la conversation se déroule par visioconférence, ce qui peut se révéler un obstacle pour des personnes ne possédant pas d’ordinateur ou de smartphone, ou ne bénéficiant pas d’une connexion suffisamment rapide. La difficulté est encore accrue pour des personnes peu familières des nouvelles technologies. Dans ces cas de figure, il est alors recommandé de faire appel à un proche aidant ou à un professionnel (aide-soignant, infirmier…). S’ils supportent de courts déplacements, ces personnes peuvent également être orientés vers des cabines de télémédecine. Les pouvoirs publics prévoient d’installer progressivement ces cabines, équipées pour permettre aux patients de prendre leur tension, leur température et mesurer le taux d’oxygène dans le sang, et disposant d’une liaison vidéo avec un médecin, dans des lieux de proximité (pharmacie, mairie…) sur tout le territoire.

Une pratique susceptible de bien s’adapter à la médecine du quotidien

En dehors de ces critères, télé-consulter reste bien évidemment une possibilité mais constitue alors un acte médical non conventionné, dont l’assurance maladie laisse la charge exclusive au patient. Certaines mutuelles incluent ce mode de consultation dans leurs contrats, souvent en plafonnant le nombre de de téléconsultations remboursables dans l’année. De plus, pour certains patients, il est envisageable d’assumer eux-mêmes le coût de certains actes, en contrepartie d’une plus grande commodité et rapidité. Obtenir dans la demi-journée la réponse d’un dermatologue à partir de la photo d’un grain de beauté en gros plan constitue par exemple un argument de poids.

Un autre cas d’usage fréquent est celui de jeunes parents qui souhaitent avant tout se rassurer sur l’état de santé de leur enfant. En présence de troubles banals en dehors des horaires du médecin habituel, recourir à une téléconsultation peut s’avérer préférable, malgré les frais, à une expédition aux urgences.

Cependant, le taux de médecin équipés d’une liaison sécurisée est encore faible et peu de caisses permettent techniquement la dématérialisation du paiement des actes que le remboursement nécessite. Le marché des téléconsultations est donc plutôt l’apanage de plateformes spécialisées, qui travaillent avec des médecins sur un base de rétrocession d’honoraires essentiellement.

Un marché gigantesque s’ouvre aux plateformes de téléconsultation

Certains sites de téléconsultation ont choisi un modèle généraliste. MédecinDirect, pionnier en France puisqu’il a débuté son activité en 2010, s’adresse à 10 millions d’assurés, avec zéro reste à charge au travers de leurs complémentaires de santé.

Outre les téléconsultations médicales, l’entreprise mène aussi des actions de prévention des risques médicaux liés au travail, à la demande de grandes entreprises. D’autres ont choisi de se spécialiser. Toktokdoc, par exemple, est une application d’abord dédiée aux Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), représentant aujourd’hui plus de 55 maisons de retraite. L’objectif est de permettre une consultation rapide pour les résidents sans devoir recourir nécessairement à un déplacement en ambulance, souvent anxiogène pour eux, et pas toujours disponible rapidement. Pour sa part, Doctoconsult se concentre sur la psychiatrie, l’addictologie et la nutrition, spécialités qui se prêtent facilement à la téléconsultation, la régularité du lien avec le personnel soignant étant plus important que sa forme.

Aux yeux de François Lescure, président et co-fondateur de MédecinDirect, le potentiel de marché est à peine entamé aujourd’hui. « Chaque français effectue en moyenne chaque année 6,3 visites chez le médecin. En supposant qu’on atteigne un taux de 10% de téléconsultations -un niveau déjà dépassé pour les pays européens les plus avancés comme la Suède- cela représenterait grosso modo 40 millions de consultations médicales à distance. A titre de comparaison, MédecinDirect n’en réalise aujourd’hui que 30.000 ! »

Pour le dirigeant, le premier impact de l’entrée en vigueur du remboursement sera de faire plus largement connaître la téléconsultation et de contribuer à réduire les réticences psychologiques de certains patients en l’absence de présence physique du médecin. Le patron de MédecinDirect souligne, quant à lui, qu’il ne faut pas imaginer la téléconsultation comme une panacée face à la diminution du temps médical disponible, dans un contexte de d’attrition régulière et significative du nombre de médecins. « Un changement de perspective est nécessaire. Il faudra créer des professions de santé intermédiaires et/ou élargir leurs prérogatives, par exemple celles des pharmaciens, pour décharger les médecins, notamment en leur donnant la qualité de requérant des consultations ». Il ne faut pas non plus croire qu’on réalise une téléconsultation comme une consultation en présentiel. « 80% des diagnostics peuvent se faire sur la seule base de l’anamnèse, l’interrogatoire mené par le médecin. Mais en l’absence de signaux non verbaux, cette anamnèse doit être menée selon un protocole particulièrement rigoureux », explique François Lescure.

Les français se disent majoritairement très satisfaits de leur relation avec leur médecin traitant, mais ils déplorent que l’accès au praticien soit souvent malaisé en pratique. Le premier intérêt de la téléconsultation est donc de faciliter cette relation. S’il ne s’agit pas encore d’une réalité courante, cette pratique est amenée inexorablement à se développer, la disponibilité des télécommunications se développant à l’inverse du nombre de médecins.