Créer un potager d’entreprise : quelles bonnes pratiques ?

Carrefour, BHV, Pullman… Quel est le point commun entre ces entreprises ? Elles ont récemment créé un potager sur leur toit permettant à leurs salariés de cultiver fruits, légumes et autres aromates.

Si la tendance à créer un potager d’entreprise se développe, son aménagement sur une terrasse ou une toiture ne s’improvise pas. « On peut se heurter à des obstacles de sécurité, d’accès, de portance ou encore d’étanchéité… », explique Nicolas Bel, expert Agro Paris Tech et cofondateur de Topager, une entreprise paysagère.

Pas de réglementation spécifique

À l’heure actuelle, il n’existe pas de réglementation spécifique pour les potagers. « Il faut respecter les règles professionnelles des toitures végétalisées. Mais un groupe de travail est en train d’établir un nouveau cahier des charges pour l’installation de potagers afin de limiter les erreurs », précise Nicolas Bel.

Les contraintes dépendent, tout d’abord, du lieu où l’entreprise souhaite installer son potager. S’il est situé au sol, au pied d’un bâtiment, il faut vérifier que la terre n’est pas polluée en réalisant plusieurs analyses sanitaires. « Si tel est le cas, il convient souvent d’amener une terre saine et de l’isoler du sol alentour pour empêcher la recontamination par des polluants », explique Pierre-Antoine Thévenin, conseiller technique à l’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep). Une contrainte qui n’est pas nécessaire si le potager est installé sur la toiture. « A partir des 3 ou 4e étage, des études montrent qu’il n’y a pas de risque de pollution dans les fruits ou légumes », ajoute l’expert.

Suivant la complexité du projet, le coût d’un potager oscille entre 100 et 500 euros par mètre carré.

Contrôler la portance et l’étanchéité des structures

Pour les potagers en hauteur, qu’ils soient sur une toiture ou une terrasse, la portance, autrement dit la résistance de la structure au poids de la terre, des plantations et des végétaux, de l’eau de pluie ou d’arrosage mais aussi des visiteurs, doit être contrôlée par un bureau d’études. « Des toitures dont le sol est en dalle ou en bois peuvent supporter généralement 400 kilos par mètre carré, précise Nicolas Bel. Pour les plantations, nous recommandons d’utiliser du substrat, un mélange de terre volcanique et de compost, qui pèse deux fois mois que la terre traditionnelle ».

L’étanchéité représente une autre contrainte. Si les cultures sont plantées dans des bacs, le risque reste limité. Au cas où elles sont à même le sol, une protection sera nécessaire. Il faut également contrôler régulièrement que certaines plantes agressives comme les bambous ne viennent pas endommager l’étanchéité et engendrer des dégâts des eaux.

Des potagers accessibles et sécurisés

L’accessibilité et la sécurité sont d’autres points à vérifier. De nombreuses toitures ne sont pas prévues pour accueillir des visiteurs autres que le personnel d’entretien. L’accès doit correspondre au public reçu, par exemple, au moins un escalier pour un potager accessible sur toiture. « Les établissements recevant du public doivent adapter leurs accès aux personnes handicapées », rappelle Pierre-Antoine Thévenin. Des garde-corps adaptés doivent aussi être installés. Leur taille est réglementaire et dépend de la hauteur du bâtiment. « S’il s’agit d’une toiture qui n’est pas accessible, il est indispensable de se faire accompagner par un professionnel disposant d’une garantie décennale », ajoute Nicolas Bel.

Enfin, si l’immeuble est détenu en copropriété, l’accord des autres copropriétaires est indispensable pour installer le potager. Suivant la complexité du projet et sa sophistication (présence de pergolas par exemple), le coût d’un potager oscille entre 100 et 500 euros par mètre carré.

Le saviez-vous ?

La Ville de Paris s’est fixé l’objectif de végétaliser 100 hectares de toits d’ici 2020 dont un tiers en cultures potagères.

Anthony Dumont
Anthony Dumont
Immobilier
Diplômé de l’EDHEC et en Droit des affaires, Anthony Dumont a travaillé au sein de Bouygues Construction, BNP Paribas Real Estate puis au Crédit Suisse avant de rejoindre Neuflize OBC en 2014 comme Responsable Conseil et Transaction Immobilier.