La Catalogne ou le politique face à l’économie
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La Catalogne ou le politique face à l’économie

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La Catalogne ou le politique face à l’économie

La Catalogne ou le politique face à l’économie

Une éventuelle indépendance de la Catalogne se heurte à trois obstacles majeurs : perte de substance économique, fardeau financier et incertitude monétaire.

L’économie : un poids lourd fragile

Alors qu’elle rassemble 16% de la population de l’Espagne, la Catalogne représente un peu moins de 20% du PIB du pays, 25% de ses exportations, et surtout près de 40% de ses entreprises de plus de 200 salariés. Le tissu industriel catalan est dense et bénéficie de l’ouverture sur le monde que lui procurent les infrastructures portuaires de Barcelone. Pourtant, ce poids lourd est fragile. Tout d’abord parce que les principaux clients des entreprises catalanes sont situés en Espagne, en France et en Allemagne. Qu’adviendrait-il en cas de période de transition hors de l’Union Européenne, ce qui ne peut être exclu compte tenu de la nécessité d’un accord de tous les pays membres – y compris donc de l’Espagne – pour valider une adhésion à l’UE ?

18 millions

de touristes qui visitent chaque année la Catalogne pourraient être effrayés par une instabilité politique persistante, en particulier pour le tourisme d’affaires ; et enfin par l’exode des sièges sociaux et, potentiellement, des capitaux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Carles Puigdemont, à la fin de son discours « d’indépendance » le 10 octobre a imploré les forces économiques de « ne pas utiliser leur puissance » contre la Catalogne.

La dette de la Catalogne représente à ce jour environ 35% de son PIB

Une dette problématique

La dette de la Catalogne représente à ce jour environ 35% de son PIB, ce qui est un chiffre important pour une collectivité régionale. La notation de la dette de la Catalogne est B+ par l’institut S&P ce qui la place dans la catégorie très spéculative. Cette notation l’empêcherait de faire partie du programme d’achat de dette de la Banque Centrale Européenne (BCE), et rendrait problématique le financement du nouvel Etat indépendant catalan. En outre, tout processus de sécession génère de facto une répartition de la dette de l’Etat d’origine entre ce dernier et le nouvel Etat. Quelle que soit la clé de répartition choisie (en général population ou richesse générée), la dette de l’état « Catalogne » dépasserait alors allègrement les 110% du PIB (en prenant en outre l’hypothèse que ce dernier n’ait pas été significativement amputé par la période d’incertitude pré-indépendance).

Le cas épineux de la monnaie et du système bancaire

Le cas le plus épineux pourrait bien être celui de la monnaie et de la supervision du système bancaire. Les partisans de l’indépendance ont, pour le premier point, un modèle, le Monténégro. Celui-ci a en effet décidé depuis 2002 d’adopter l’euro comme monnaie officielle, même si le pays n’est pas membre de l’Union Européenne. Ceci l’oblige à un impératif de compétitivité qui n’effraie pas les catalans. Reste que l’adoption unilatérale de l’euro (si tant est que des obstacles juridiques ne surgissent pas en chemin, l’Espagne restant un actionnaire de poids de la BCE) ne garantit pas pour autant la stabilité d’un système bancaire. Or ce dernier pourrait être très rapidement sous pression comme le montrent les déplacements ultra-rapides après le référendum d’indépendance du 1er octobre, des sièges sociaux des banques catalanes Caixabank et Banco Sadabell.

Tout compte fait, en matière économique et financière tout autant, et peut-être même plus encore qu’en matière juridique ou politique, l’exécution d’un plan de rupture stratégique avec une situation existante réclame une préparation méticuleuse, et le camps indépendantiste catalan pourrait rapidement en faire l’expérience.

Contribution pour le Cercles de Echos.

Wilfrid
Wilfrid Galand
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

Diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris,  Wilfrid rejoint la Banque Neuflize OBC à Paris en 2003 en tant que responsable du Marketing et des Produits. Il rejoint le Luxembourg en 2007 pour prendre des fonctions de Senior Private Banker puis responsable du desk « France » au sein d’ABN AMRO Private Banking Luxembourg. De retour en 2011 à Paris, il devient responsable du Conseil en Investissement avant de devenir en 2016 responsable de la Stratégie de Marchés de la banque Neuflize OBC.

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