Le bitcoin, symbole de la défiance des investisseurs envers les banques centrales
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Le bitcoin, symbole de la défiance des investisseurs envers les banques centrales

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Le bitcoin, symbole de la défiance des investisseurs envers les banques centrales

Le bitcoin, symbole de la défiance des investisseurs envers les banques centrales

Le prolongement injustifié des politiques monétaires non-conventionnelles inquiète les investisseurs. Ces derniers préfèrent désormais se tourner vers le bitcoin, dont le mode de gestion décentralisé est un atout.

La valeur du bitcoin fait désormais l’objet de notes très sérieuses, puisque Goldman Sachs elle-même s’y est intéressée, anticipant un cours de 4.827 dollars… avant une rechute vers 2.200 dollars. Mais le plus important n’est pas là. Le plus intéressant pour l’observateur économique est le constat du développement des monnaies électroniques comme monnaie à part entière.

Si l’on reprend la définition classique, une monnaie est, tout à la fois, une mesure de valeur, un moyen de stocker de la valeur et un instrument de transaction pour s’échanger des biens et des services. L’or par exemple, ne peut être considéré comme une monnaie à part entière car aucun commerçant n’accepte à ce jour des Napoléons ou des Krugerrands sud-africains en paiement de ses services et marchandises.

A l’inverse, même s’il est encore très difficile de vivre avec uniquement des bitcoins, ces derniers commencent à être acceptés dans le circuit économique. En France, Showroomprivé les accepte, de même que le site marchand du géant des télécommunications Xiaomi, ou encore le site d’équipement nautique loisirs3000.fr. Dans le monde financier, les procédures de levées de fonds par voie de monnaie électronique commencent à être explorées comme alternative aux levées de fonds traditionnelles pilotées par les grandes banques d’affaires.

Alternative horizontale à un mode de gestion vertical

L’avènement des politiques monétaires dites «non-conventionnelles» a conduit les banques centrales à piloter leur action, non par les prix (taux d’intérêts) mais par les quantités (volumes de liquidités en circulation), ce qui s’est traduit par une multiplication par six du bilan de la Réserve fédérale américaine depuis 2007.

Or cette action, probablement décisive pour stabiliser le système financier mondial, à force de se prolonger dans un contexte de croissance qui ne la justifie plus, finit par inquiéter ceux qui se souviennent que le rôle principal d’une banque centrale est de veiller à la crédibilité de la monnaie dont elle a la charge, et qui pensent que le flux continu de création monétaire, à la merci du bon vouloir d’un collège d’experts totalement indépendant de tout pouvoir politique, pourrait finir par abîmer la qualité de la devise.

A l’inverse, les monnaies électroniques fonctionnent de manière totalement décentralisée, via la mise en commun de ressources informatiques, et sur la base d’un algorithme fondé sur le principe de rareté : le nombre de bitcoins est fini, déterminé à l’avance. Un peu à la manière du métal jaune, dont certains experts disent que la quantité totale, extraite et à extraire, tiendrait dans un cube de 20,5 mètres de côté. Après tout, ne dit-on pas aussi du bitcoin qu’il se cherche en creusant à la manière des chercheurs d’or du 21e siècle ?

Selon la loi de Gresham, la mauvaise monnaie chasse la bonne, parce que la bonne est thésaurisée.

Concurrence de monnaies

Cette prévention envers un système monétaire et financier piloté verticalement crée de fait une concurrence entre un système public organisé, régulé et stabilisé par les autorités monétaires traditionnelles, et un autre, dont la régulation est totalement décentralisée et privatisée.

Selon la loi de Gresham, la mauvaise monnaie chasse la bonne, parce que la bonne est thésaurisée. Mais si les changes sont libres (ce qui est le cas du bitcoin), alors l’inverse peut se produire et la bonne monnaie envoyer la mauvaise aux oubliettes, ce qui se produit dans les cas de «dollarisation» des économies suite à de graves troubles politiques.

Outre les évidentes questions de déontologie et d’équilibre global que cela pose, la possibilité d’une concurrence entre deux systèmes monétaires est bien une question fondamentale et repose la question de la place des monnaies et des rôles des banques centrales dans l’économie. Le récent mouvement des autorités chinoises contre l’expansion du bitcoin montre que le sujet dépasse l’étude des «bulles de valorisation» et doit donc être étudié de près.

Contribution pour le Cercle des Echos.

Wilfrid
Wilfrid Galand
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

Diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris, Wilfrid rejoint la Banque Neuflize OBC à Paris en 2003 en tant que responsable du Marketing et des Produits. Il rejoint le Luxembourg en 2007 pour prendre des fonctions de Senior Private Banker puis responsable du desk « France » au sein d’ABN AMRO Private Banking Luxembourg. De retour en 2011 à Paris, il devient responsable du Conseil en Investissement avant de devenir en 2016 responsable de la Stratégie de Marchés de la banque Neuflize OBC.

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