La production indépendante française doit se réinventer

Fusion Endemol-Shine-Core Media Group, mariage de Time Warner avec AT&T, rapprochement de Zodiak et Banijay, etc. L’heure est à la concentration du marché audiovisuel mondial. Et la France n’échappe pas au mouvement. Ainsi, TF1 a pris une participation dans Newen, tandis que Vivendi est monté à hauteur de 26% au capital du nouveau Zodiak-Banijay. L’objectif affiché est de renforcer l’intégration verticale de la production et de créer des géants des médias, à la fois producteurs et diffuseurs de contenus. Dans les télécoms, Altice (Numericable-SFR) va plus loin. Ainsi, après avoir mis la main sur NextradioTV, le groupe se développe dans la production, avec la série Medicis « Maîtres de Florence », et lance des chaînes, comme SFR Sport. « Ces mouvements économiques sont la résultante des bouleversements engendrés depuis une dizaine d’années par la numérisation des contenus, la diffusion par les réseaux haut et très haut débits, la forte appétence des téléspectateurs pour les contenus délinéarisés et leur engouement pour des produits culturels internationaux, dont les séries en sont le parfait reflet », analyse le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), dans une étude publiée en janvier 2016.

La France comptait, en 2013, 3 450 entreprises de production, contre 1 300 en 2000.

L’exception française

Face à ces grands mouvements, le marché de la production audiovisuelle français résiste, oscillant de manière cyclique entre concentration et atomisation. Une auto-régulation rendue possible, par le dispositif anti-concentration prévu dans la loi du 30 septembre 1986, qui limite le pourcentage du capital susceptible d’être détenu par une même personne. Depuis 1986, les décrets Tasca (assouplis en 2013 dans le cadre de la loi sur l’audiovisuel public) imposent en outre aux chaînes de faire produire la majorité de leurs œuvres (fiction, documentaire, animation, etc.) par des sociétés externes. Des mesures qui ont permis de faire naître un vaste tissu de petites entreprises dynamiques et créatives. Ainsi, selon un rapport publié le 22 janvier 2016 par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), la France comptait, en 2013, 3 450 entreprises de production, contre 1 300 en 2000. Parmi elles, une grande majorité de petites structures, qui emploient au maximum deux permanents.

Cette « exception française » est pourtant régulièrement pointée du doigt par les pouvoirs publics. Alors que, dans son rapport, le CSA jugeait le secteur trop « atomisé », un amendement du Sénat, déposé début 2016 dans le cadre du projet de loi relatif à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine, proposait également de renforcer l’intégration verticale de l’activité de production au sein des groupes de diffusion. Une proposition qui a provoqué un tollé auprès des professionnels du secteur. Auteurs, réalisateurs, techniciens, distributeurs et producteurs se sont mobilisés, affirmant, dans un communiqué commun, que « la concentration à outrance porterait atteinte à la liberté de création et à la liberté d’investigation ». Depuis, la loi a été adoptée sans l’amendement.

L’avenir de la production audiovisuelle passe… par l’international

Cette bataille gagnée, un gros défi attend néanmoins les producteurs indépendants français, à l’heure où les Netflix, Amazon et consorts ne cessent de gagner des parts de marché sur le continent européen. Dans les prochaines années, tout l’enjeu sera, en effet, de créer et faire perdurer des groupes de production nationaux, de taille moyenne et suffisamment solides pour exister en Europe. Pour faire rayonner la création hexagonale à l’international, il faudra nouer des alliances et exporter les contenus.

Le saviez-vous ?

CA du secteur de la production audiovisuelle française en 2012 : 2,8 Mds €
CA des 200 plus grandes entreprises de production françaises en 2012 : 2,1 Mds €

Source CSA