Art, Bitcoin : l’éloge de la rareté
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Art, Bitcoin : l’éloge de la rareté

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Art, Bitcoin : l’éloge de la rareté

Art, Bitcoin : l’éloge de la rareté

Dans un monde d’abondance généralisée, l’engouement autour du Bitcoin et les leçons du marché de l’art nous rappellent les vertus de la rareté.

450 millions de dollars

Léonard de Vinci, l’unicité au service de l’innovation économique. Le 15 novembre dernier, sous le marteau de Christie’s à New York, tombait l’enchère la plus exceptionnelle du monde de l’art : plus de 450 millions de dollars pour une œuvre de Leonard de Vinci. Il faut, bien sûr, attendre la réalisation complète de la transaction pour qu’elle soit définitivement enregistrée : on se souvient de la mésaventure de l’homme d’affaires australien Alan Bond, incapable, en 1987, de payer les 54 millions de dollars promis pour le tableau « les Iris » de Van Gogh, finalement négocié à la moitié de ce prix par la fondation Guetty de Los Angeles.

Quoiqu’il en soit, nul doute que la vente du « Salvatore Mundi » restera comme une date marquante, non seulement dans l’histoire de l’art mais dans celle de l’économie. L’art le plus exclusif suscite en effet le désir presque sans borne, à la fois de personnes privées soucieuses de laisser une trace dans l’histoire et de montrer leur spectaculaire réussite, que de véritables entreprises ayant identifié l’excellence et la rareté comme des éléments moteurs d’un business rentable fussent-ils associés à un univers souvent considéré comme ne se soumettant pas aux lois d’airain du capitalisme.

Nul doute que le bilan économique de cette opération fera l’objet de multiples analyses dans les trimestres et les mois à venir pour confirmer ou infirmer ce postulat de départ mais c’est bien l’extrême rareté des œuvres du maître italien encore disponibles sur le marché, associée à un modèle économique innovant de prêt aux nouvelles institutions muséales qui se créent chaque année dans tous les coins du globe, qui ont incité des fonds d’investissement, a priori peu suspects de philanthropie, à s’associer à cette opération.

Cette valorisation par la rareté s’oppose au modèle monétaire des banques centrales.

Le bitcoin, spéculation ou valorisation d’un modèle monétaire traditionnel ?

L’autre phénomène récent emblématique de la valeur de la rareté est le bitcoin. A plus de 10 000 dollars l’unité, la valeur de la monnaie électronique affole les investisseurs – dont certains clients privés qui commencent à demander à leur intermédiaire de pouvoir investir dans ce qu’ils perçoivent comme un nouvel Eldorado, les institutions financières – les circonvolutions du patron de JP Morgan à ce sujet depuis de nombreux trimestres n’étant que le reflet publique et assumé de la perplexité des acteurs financiers traditionnels devant ce phénomène – et jusqu’aux banques centrales, méfiantes devant cette monnaie alternative qui échappe à leur contrôle, certains diraient même, à leur monopole.

Or le bitcoin ne fait, en définitive, que répliquer le modèle de valorisation traditionnelle, fondé sur le principe de rareté, à l’image de l’or dont le bitcoin reprend certains termes iconiques, à l’image de ces « diggers » qui creusent(« to dig , ou « creuser » en anglais) pour « extraire » des bitcoins râce à des machines numériques surpuissantes, exigeants souvent une réfrigération spécifique en raison de la chaleur dégagée et une isolation acoustique renforcée du « local d’extraction » du fait du bruit des ventilateurs intégrés d’office dans ces machines.

Cette valorisation par la rareté s’oppose au modèle monétaire des banques centrales, très liées à leur Etat d’origine et qui, en plus – certains disent même « à l’encontre » – de leur rôle originel de garantes de la crédibilité de la monnaie, utilisent leurs pouvoirs de création monétaire pour stabiliser le système financier et les organismes qui le composent, voire aident directement ou indirectement les Etats à financer leur budget. Le succès du bitcoin, au delà de la spéculation, est donc aussi celui d’une monnaie dont la crédibilité est fondée sur la rareté et sur un algorithme, indépendant de toute « politique » humaine.

Dans le monde qui vient, digital et horizontal, même les banques centrales sont donc menacées de disruption.

Article rédigé pour Le Cercle des Echos.

Wilfrid
Wilfrid Galand
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

Diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris,  Wilfrid rejoint la Banque Neuflize OBC à Paris en 2003 en tant que responsable du Marketing et des Produits. Il rejoint le Luxembourg en 2007 pour prendre des fonctions de Senior Private Banker puis responsable du desk « France » au sein d’ABN AMRO Private Banking Luxembourg. De retour en 2011 à Paris, il devient responsable du Conseil en Investissement avant de devenir en 2016 responsable de la Stratégie de Marchés de la banque Neuflize OBC.

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