Accompagner l’opinion publique à accepter les réformes

Nicolas Boubou, Directeur d’Astères, société d’analyse économique et de conseil, estime que l’opinion publique doit prendre conscience de la nécessité des réformes et du potentiel de croissance créé par l’innovation
Neuflize OBC

Pourquoi est-il si difficile de réformer la France ?

Notre démocratie fonctionne plutôt bien et les majorités ou gouvernements choisis par les peuples font ce pour quoi ils ont été élus. Ma vision de la question de la réforme est un peu provocatrice, et j’entends bien qu’elle puisse choquer. En effet, le problème de fond réside dans l’opinion publique.

Je suis étonné de voir que cette opinion publique a baissé les bras face à l’avenir et ne s’y intéresse plus. Elle a également démissionné devant les réformes, considérant qu’elles apportent des changements négatifs en supprimant des droits. L’opinion publique doit, selon moi, prendre conscience que l’on peut changer la France et que les réformes sont là pour améliorer la situation.

Nous pouvons faire mieux sur le marché du travail, de l’éducation ou encore de la santé. Les marges de progression sont réellement importantes. Les Français doivent comprendre que l’avenir peut être souriant. Nous sommes au début d’une vague d’innovation et donc potentiellement d’une vague de croissance colossale dans le monde. À nous de mettre en œuvre de bonnes réformes pour que chaque citoyen puisse en profiter.

Comment faire accepter le changement aux Français ?

L’urgence première est de redonner à l’opinion publique la foi en l’avenir grâce à la construction d’un discours « schumpétérien ». Joseph Schumpeter (1883-1950) était l’économiste de l’innovation. Selon sa thèse de la « destruction-créatrice », la croissance est le fruit de l’innovation. Cette innovation transforme l’économie, elle crée des choses et en détruit d’autres, pas seulement dans le champ économique mais dans la façon de penser et dans les modes de travail. Il faut expliquer aux Français que cette transformation profonde est inévitable. La voiture sans chauffeur, les drones, la biotechnologie moléculaire, l’imprimante 3D ne vont pas s’arrêter aux frontières françaises.

En revanche, nous avons entre nos mains le pouvoir d’utiliser ces innovations. Les dirigeants doivent donc mettre en œuvre des politiques publiques permettant d’innover, d’utiliser ces innovations et surtout de gérer la phase de destruction. Cette démarche doit s’accompagner d’un discours pédagogique adressé aux structures bousculées par les mutations. On parle ici des taxis, auto-écoles, laboratoires d’analyses médicales… La mutation sera profitable au prix d’une immense réforme de la formation (éducation et formation tout au long de la vie) et d’une vitalité de l’entreprenariat. C’est l’immense chantier auquel doit s’atteler la France, et à la clé, un formidable moyen de rebondir et se tourner vers l’avenir.