6 notions aux frontieres de la philanthropie

6 notions aux frontières de la philanthropie – Regard expert de Stéphanie Gerschtein

En France, les particuliers qui souhaitent contribuer à l’intérêt général ont différents moyens d’action. Si le don est la solution traditionnelle, force est de constater que de nouveaux modes d’engagement ont émergé. Donateur et/ou investisseur, chacun peut trouver l’outil correspondant à sa démarche et son ambition. Zoom sur 6 notions aux frontières de la philanthropie.

Stéphanie Gerschtein
Stéphanie Gerschtein
Philanthropie
Stéphanie Gerschtein est responsable du conseil en philanthropie et mécénat au sein de l’ingénierie patrimoniale de Neuflize OBC et déléguée générale de Philgood foundation. Elle est également spécifiquement investie sur les sujets ISR et RSE.

6 notions aux frontières de la philanthropie

1. Des actes gratuits et sans contrepartie : différentes formes de dons

Il existe plusieurs manières d’exprimer sa générosité auprès des associations ou des fondations qui œuvrent pour l’intérêt général. La plus courante est celle du don, en temps, en argent ou en nature. Certains, en s’engageant encore plus significativement sont qualifiés de philanthropes. Dans tous les cas, le don est un acte financièrement désintéressé. Lorsque le don est réalisé sans contrepartie, son auteur bénéficie en principe d’une réduction d’impôt. À côté de ces formes traditionnelles d’engagement, de nouvelles formes de générosité ont vu le jour ces dernières années. C’est le cas par exemple de l’arrondi sur paiement proposé en caisse, sur salaire ou sur relevé bancaire, permettant de financer des actions d’intérêt général. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, 7,7 millions d’euros ont déjà été récoltés par ce biais . 1

2. Crowdsourcing, ou le « financement par la foule »

Internet a permis l’émergence d’une nouvelle voie pour le financement de projets, en dehors de sentiers financiers traditionnels. En l’occurrence, il s’agit de fédérer un grand nombre de donateurs et / ou d’investisseurs autour de projets culturels (films, musique…), sociétaux (microcrédit…) ou économiques (financement d’entreprises de l’ESS…).

L’internaute peut se positionner soit en donateur : en faisant un don pur et simple ou avec une contrepartie symbolique (crowdfunding don), ou en prêtant de l’argent sans intérêt (crowdlending don). Dans ce cas, il est éligible aux réductions d’impôt applicables en matière de don. Autre possibilité, l’internaute agit en investisseur, en recherchant une performance financière (crowdfunding, crowdlending ou crowdequity).

3. Les fonds de partage, un investissement philanthropique

Le souscripteur accepte qu’une partie de la performance du fonds de type OPC dans lequel il investit soit attribuée à une fondation ou une association d’intérêt général. Cette part constitutive d’un don ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu pour l’investisseur–donateur. Il s’agit bien là d’un investissement financier, qui n’atteint son objectif vis-à-vis de l’intérêt général que si la performance économique est au rendez-vous, qui séduit les particuliers en quête de sens pour leurs investissements.

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4. Les social impact bonds, l’impact positif par les obligations

Nées en Grande-Bretagne, ce type d’actif reste encore rare mais son fonctionnement a de quoi séduire les États en mal de financement. Il s’agit d’obligations émises par une fondation ou association œuvrant dans un domaine social relevant traditionnellement du domaine d’action de l’Etat. Contrairement à une obligation classique, celle-ci ne donne pas lieu au paiement de coupon durant la période. Les investisseurs sont rétribués par l’Etat à l’issue du programme, si les objectifs sociaux initialement fixés sont atteints. Dans le cas contraire, l’État ne détache pas de coupon au profit des investisseurs. La prise de risque, propre à la démarche d’investisseur, repose ici sur le particulier et non sur l’Etat.

5. La « Venture Philantropy », la qualité avant tout

Cette approche reste encore confidentielle en France. Le principe est d’appliquer les méthodes du capital investissement en les adaptant au secteur caritatif. Il s’agit d’accompagner des associations ou des entreprises à caractère social sur le long terme, en leur apportant à la fois un soutien financier et en compétences.

6. L’ISR, vers un univers financier durable

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) consiste à orienter son épargne vers des supports responsables et durables, en investissant directement ou via des fonds dans des entreprises respectant les critères ESG (Environnement-Sociétal-Gouvernance). L’approche ISR permet d’investir dans des entreprises dont les pratiques sont compatibles avec ses valeurs, en excluant certains secteurs (tabac, alcool, armement, etc.), ou en se détournant d’entreprises non responsables. C’est le moyen de lier performance économique et développement durable.

On le voit, l’émergence de nouveaux outils de financement conjuguée aux enjeux toujours plus importants de l’intérêt général conduit à des frontières parfois floues entre le monde économique et le monde non-lucratif, entre l’investissement financier et le don. Gageons que l’entreprise de demain pourrait ressembler à une fondation et une fondation à une entreprise !

L’entreprise : un acteur social à part entière

L’entreprise est au cœur des enjeux de société. D’un point de vue exogène tout d’abord, grâce aux actions de mécénat qui lui permettent d’agir en dehors de son domaine d’activité, en réponse aux besoins extérieurs à l’entreprise, qu’ils soient sociétaux ou environnementaux. D’un point de vue endogène également, en ayant une démarche de responsabilité sociale au sein de l’entreprise (RSE), en adaptant son propre modèle d’affaire à ces mêmes critères sociétaux et environnementaux.

1 Source : www.larrondi.org

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