2018, et si la surprise venait du Japon ?
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2018, et si la surprise venait du Japon ?

La Réserve Fédérale réduit son bilan, la BCE ralentit la progression du sien mais tout ira bien car la Banque centrale Japon (BoJ) continuera à abreuver les marchés en liquidités pour longtemps. Mais est-ce si certain ?

La Banque Centrale Japonaise au centre des scénarios économiques

La croissance mondiale se porte bien – au dessus de 3,5% en rythme annuel – et accélère. Tout le monde s’accorde sur ce point. Elle est, en outre, selon les dernières publications du FMI et de l’OCDE, partagée par toutes les zones géographiques et par la quasi totalité des pays du globe. Tout va donc pour le mieux sur la planète économique. Si ce n’était le niveau tout de même très élevé des marchés financiers – actions et surtout obligations – et des actifs hors marché, comme l’immobilier ou le capital-investissement. Dès lors, la question taraude les investisseurs : un krach est-il possible, par exemple sur les obligations à la faveur d’une remontée des taux d’intérêt, et pourrait-il alors faire dérailler ce beau scénario économique consensuel ? En d’autres termes, dix ans après la grande crise, la finance peut-elle de nouveau mettre en danger l’économie ?

 

A ceci, la réponse des économistes est unanime : aucun risque réel ne pèse sur les marchés tant que le niveau global des liquidités augmente. Pour avoir une idée – approximative – de ce niveau, rien de plus simple, il suffit d’agréger les bilans des grandes banques centrales : la Réserve Fédérale américaine (Fed), la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ). Or si le bilan de la Fed stagne depuis 2014 et devrait s’éroder cette année, si celui de la BCE ralentit nettement sa progression, celui de la BoJ reste en forte progression et donc garantit un niveau mondial de liquidités en croissance. Donc tout ira bien.

 

Le temps d’un changement de politique monétaire au Japon semble encore lointain mais la capacité d’anticipation des marchés ne doit pas être sous-estimée.

Même la BoJ a des limites… surtout si sa politique fonctionne

Il est vrai que, depuis 2012 et l’élection de Shinzo Abe à la tête du gouvernement japonais, la BoJ n’a pas ménagé ses efforts pour peser tant sur le Yen que sur les taux courts et longs grâce à une politique d’injections massives de liquidités ayant conduit son bilan à peser presque 100% du PIB japonais contre 25 à 30% pour ses homologues américaines et européennes. Même le marché actions nippon a profité de ces largesses puisque plus des trois quarts des fonds indiciels japonais (type ETF) sont désormais dans le bilan de la BoJ.

 

La politique de la BoJ a été tellement forte et affirmée comme sans limite de temps par son président depuis 2013, Haruhiko Kuroda, que tous les économistes considèrent ses injections de liquidités comme un invariant de tous leurs scénarios. Or le problème de la BoJ est… que les résultats commencent à être là : l’inflation, certes, reste nettement inférieure à l’objectif des 2% annuels, mais le temps de la déflation semble désormais bel et bien terminé et la progression des prix prévue à 0,7% pour cette année fiscale et à 1,1% l’année prochaine, pourrait s’accélérer à mesure de l’affermissement de la croissance économique mondiale. Surtout la croissance de l’économie japonaise paraît solidement repartie, à 1,5% pour cette année.

 

Le temps d’un changement de politique monétaire au Japon semble encore lointain mais la capacité d’anticipation des marchés ne doit pas être sous-estimée. Si la BoJ venait, au second semestre 2018, à laisser entendre que, même pour elle, les politiques d’injections massives de liquidités pourraient avoir un terme, la réaction des investisseurs pourrait être vive, à la mesure de la profondeur du consensus actuel. Dans un monde financier dopé à la liquidité et dont l’endettement est désormais supérieur à ce qu’il était en 2007, la perspective de la baisse du niveau de l’eau rendrait rapidement inquiétante la hauteur actuelle du plongeoir.

 

Article rédigé pour le Cercle des Echos

Wilfrid
Wilfrid Galand
Responsable de la Stratégie de Marchés de la banque privée Neuflize OBC

Diplômé de l’Essec et de Sciences Po Paris,  Wilfrid rejoint la Banque Neuflize OBC à Paris en 2003 en tant que responsable du Marketing et des Produits. Il rejoint le Luxembourg en 2007 pour prendre des fonctions de Senior Private Banker puis responsable du desk « France » au sein d’ABN AMRO Private Banking Luxembourg. De retour en 2011 à Paris, il devient responsable du Conseil en Investissement avant de devenir en 2016 responsable de la Stratégie de Marchés de la banque Neuflize OBC.

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